Au delà du commerceLes autres bienfaits du commerce équitable

Du tronc économique de l’arbre « commerce équitable » ont bourgeonné de multiples ramifications. L’arrivée de la technologie, la diversification des sources de revenus ont redynamisé les villages et rendu possible une projection dans l’avenir, entraînant une baisse de l’exode rural des jeunes. L’essor du commerce équitable a aussi tissé entre ces mondes et le nôtre un réseau de passerelles culturelles qui élargit notre horizon.

Technologie

Développer le commerce équitable dans une région nécessite d’y introduire de nouvelles technologies. En Haïti par exemple, la communication entre les très nombreuses coopératives est difficile, ce qui complique les tentatives de fédération. Malongo a mené sur place une expérience de maillage haut débit en zone rurale, entre un centre agricole et plusieurs villages et écoles. Cette initiative vise à faciliter la vie des producteurs en leur permettant de communiquer, de télétravailler et d’accéder aux services publics en ligne. Ce projet a été conduit en partenariat avec des industriels, un opérateur local de téléphonie mobile et les universités d’Haïti et de Nice Sophia-Antipolis (lesquelles ont également mis au point un logiciel de traçabilité du café par technologie « RFID »).

Le défaut de structures, le manque de moyens de transport et la barrière linguistique freinent l’accès aux formations à la caféiculture. L’extension du haut débit permettra de développer la téléformation. Des cours sous forme de modules ont été conçus par le CIRAD de Montpellier, puis traduits en créole et copiés sur supports numériques par l’Université d’État d’Haïti.

 

Réhabilitation du patrimoine

Culturel ou biologique, le patrimoine fait la richesse d’une région. Dans les pays pauvres, force est de constater qu’on le trouve souvent à l’abandon. Un paradoxe quand on sait quelle source de revenus il peut représenter. Le patrimoine constitue une opportunité de développement, une voie pour renouer avec sa culture ancestrale et attirer l’intérêt des autres.

 

À Sao Tomé, d’anciens locaux et matériels en bois vont prochainement être remis en état. Les installations traditionnelles du domaine la Roça de Monte Café (tels l’ancien séchoir à lauze ou les séchoirs «autobus») possèdent un intérêt historique certain. Ils témoignent à la fois d’un savoir-faire authentique et d’un passé douloureux mais révolu. Un local a été rénové par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) en vue de l’ouverture d’un musée du café. Malongo s’associera à cette aventure en fournissant quelques pièces de sa collection. Question patrimoine végétal, un inventaire des variétés locales de caféiers est en cours de réalisation. Des pépinières consacrées aux arabicas traditionnels ont été créées et plusieurs parcelles rénovées.

Légende : Le Museu do Cafe, à Sao Tomé.

 

Écotourisme

À Chayotepec, au Mexique, une communauté membre de l’UCIRI a obtenu des financements pour construire deux logements destinés à l’écotourisme. Mais faute d’un réseau de vente approprié, personne ne les avait encore occupés. Malongo a financé l’édification de trois habitations supplémentaires, construites par les producteurs eux-mêmes. Le site dispose désormais d’un petit restaurant et de cinq gîtes capables de loger autant de couples. Un partenariat a été développé avec Écotours, agence de voyages solidaires et responsables, qui a permis l’édition de dépliants pour appuyer une vraie campagne de promotion. Les premiers voyages sont prévus en 2011.

Les familles de producteurs se répartissent les rôles pour accueillir leurs hôtes. Elles préparent les repas tour à tour, s’occupent des transports, des loisirs et guident dans les visites. Outre la découverte des sites culturels et archéologiques incontournables, des journées sont organisées dans les plantations, invitant les touristes à mieux connaîtrela caféiculture en participant aux récoltes puis en suivant activement toutes les étapes d’élaboration. Les familles se partagent équitablement les revenus de cette activité.

Informations : www.ecotours.fr

 

Productions locales & artisanat

La caféiculture équitable s’accompagne toujours du développement d’autres productions destinées à la vente locale, pour les autochtones comme les touristes. Cette diversification contribue à renforcer l’économie des villages et à pérenniser leur sécurité alimentaire. Les programmes de formation prévoient un enseignement agronomique élargi aux cultures vivrières(tubercules, maraîchage). Les populations produisent souvent miels, confitures, fromages et objets d’artisanat. Ces derniers renforcent l’intérêt touristique d’une région tout en lui permettant de renouer avec ses racines culturelles.

Légende : Production de plantes ornementales, coopérative Ocozaca, région de Veracruz.

 

Arts & culture

Le commerce équitable nous emmène vers la rencontre et le partage. Il nous fait aspirer à la diversité culturelle. Il rend la fierté à des populations qui voient enfin respecté et admiré ce qui incarne leur identité même. À Sao Tomé, le tchiloli ou « théâtre des enfants de la terre »est un petit bijou culturel. Il s’agit d’un théâtre épique joué par les paysans et pêcheurs qui se transmettent les rôles de père en fils depuis des générations. Le tchiloli s’appuie sur un texte en portugais ancien, la « Tragédie du Duc de Mantoue et de l’Empereur Charlemagne », adapté et enrichi de symboles d’origine africaine. À la fois farce, spectacle folklorique et tragédie, il remet en cause le pouvoir des maîtres sur les esclaves. Il s’agrémente de fanfares, de musiques et de danses. Ses costumes et accessoires sont de vrais trésors : miroirs, vestes rutilantes, fracs, traînes de velours, couronnes en papier de chocolat, armes de pacotille et tabliers de dentelles...

En Haïti, la complexité identitaire et la richesse de l’histoire ont engendré une rare effervescence culturelle, notamment en peinture, sculpture et littérature. La Fondation Malongo a soutenul’exposition « Haïti, un peuple de peintres et de sculpteurs » lors du festival 2010 « Étonnants Voyageurs » de Saint-Malo.