Le Manifeste des Pauvres

Extraits du livre du père Van der Hoff qui éclairent son plaidoyer pour un néo-capitalisme social et environnemental et témoignent de sa crédibilité.

 

    

       Deux ans après la crise de 2008, l’économie mondiale au lieu de se ressaisir et d’analyser les causes de ces troubles afin qu’ils ne se reproduisent pas, a fait un grand pas en avant dans le vide. Or ce cataclysme aurait dû servir à réviser non seulement le modèle économique, mais également les bases sur lesquelles sont fondées nos sociétés.

       C’est ce que propose Francesco Van der Hoff, l’un des créateurs du commerce équitable moderne. Fort de son expérience aux côtés des plus démunis et des plus pauvres, il a élaboré un modèle imperméable à la récession, plus efficace contre les crises que les prébendes de l’État Providence. Ce modèle est tout sauf théorique, il fonctionne depuis près de 30 ans à une petite échelle.

       Le néo-capitalisme qu’il prône est social et environnemental. Loin d’être une obscure théorie ou un avatar de la pensée contestataire, c’est une alternative réelle et crédible qui défie l’économie dominante. Il est temps qu’elle soit reconnue officiellement et par le grand public.

        Le commerce équitable permet aux pauvres, aux paysans, aux exclus, de se réinsérer dans l’économie mondiale sans demander de l’aide. Il repose sur la sagesse et le sens de la communauté des Indiens dont les enseignements sont lourds de sens. Ils invitent à repenser totalement notre façon de penser et de consommer.

L’auteur : Francesco Van Der Hoff a 70 ans. Prêtre-ouvrier hollandais, il vit depuis près de 40 ans au Mexique. À l’origine du commerce équitable moderne, ce docteur en économie politique et en théologie expérimente avec succès sur le terrain l’une des rares théories alternatives au capitalisme qui fonctionne.

 

Extraits :

«Je crois qu'une autre organisation sociale est possible parce que le capitalisme n'est rien de plus que l'organisation systématique et légale des injustices, des inégalités et des exclusions »...


« Le commerce équitable n'est pas seulement l'introduction dans le monde du marché d'une dimension sociale, c'est surtout que l'on reconnaisse la différence et qu'on instaure des règles qui contrôlent la violence de l'économie et du marché».
 «Les causes principales du mal-être de la modernité sont l'individualisme, la rationalité instrumentalisée et la bureaucratie autocentrée».

 «Il y a une faille dans le capitalisme de responsabilité citoyenne, parce que personne  n'est responsable... La Providence du marché libéral est une pure invention. Elle crée une illusion qui sert à faire croire aux exclus, aux pauvres, aux
 paysans comme aux mendiants, aux promesses du progrès du système sous couvert
 d'un discours dangereux défendant un combat contre la pauvreté».

«La pauvreté ne tombe pas du ciel. C'est l'homme qui la produit, la société qui le veut».
«Je ne suis pas contre le profit, mais il faut le contrôler et le distribuer. Tout l'enjeu est bien de le «démocratiser», de le répartir».

«Je ne suis pas contre la mondialisation puisque je veux mondialiser le commerce équitable... Je ne suis pas contre la globalisation mais pour une globalisation de la solidarité».

«Nous ne nous rebellons pas contre le marché puisque nous sommes et voulons être dans le
  marché, mais un marché différent, humain, démocratique et social».

«Le commerce équitable donne au consommateur la possibilité d'être l'acteur réfléchi de ses propres décisions d'achat».

«La charité - mettons sur le même plan l'aide internationale - est une sorte de mauvaise manière imaginée par les tenants du système en compensation de ce qui aurait pu être fait».

«Le mécanisme des ONG est l'arme de destruction massive justifiant le système libéral».

«Grâce au commerce équitable, les paysans ont pu enfin avoir des toits et des sols en dur, obtenir un poste de santé, un médecin, envoyer leurs enfants à l'école, les soigner. Tout cela, les pauvres ne l'ont pas mendié, ils l'ont acquis en échange d'un travail rémunéré plus équitablement».

«La proposition du commerce équitable est de créer des entreprises sociales et solidaires en partenariat avec des consommateurs conscients et responsables, au niveau mondial... C'est une correction fondamentale au système capitaliste dominant».

«Nous avons naturellement vocation à nous entendre avec des petits acteurs sans cesse menacés par les grands de perdre le peu qu'ils ont. Il n'y a qu'avec des partenaires de petite taille ou de taille moyenne que cela peut fonctionner».

«Il y a de l'espoir dans les valeurs véhiculées par les pauvres, ceux d'en bas, les déshérités».

«On ne peut pas faire confiance à la main invisible censée réguler les marchés. Elle ne fonctionne pas, c'est une utopie».

«La régulation mondiale doit venir d'en bas».

«En réalité tout est lié, le commerce équitable, l'environnement, le social, l'économique, le politique ou encore le micro-crédit. Le nier, c'est nier la vie, l'humanité même».