Rétablir la filière café en HaïtiS.O.S. caféiculteurs d’exception !

L’immense complexité du problème haïtien n’a d’égale que la haute qualité des cafés qu’on y produit. Mise à mal par le séisme, la filière café équitable est en cours de relance.

Haïti fut l’un des plus gros producteurs de café du monde. Le caféier y pousse dans des jardins, au milieu de cultures vivrières. Conditions environnementales idéales, réel savoir-faire et parfaite maîtrise technique font d’Haïti un terroir exceptionnel qui engendre des crus de haute qualité. Malongo y a développé le commerce équitable dès l’an 2000, collaborant avec une quarantaine de coopératives réparties sur l’ensemble du pays, soit plus de 10 000 producteurs. Chaque année, Malongo importe un centaine de tonnes de café haïtien, commercialisé dans des crus tels que « Mélange Haïti – Guatemala » ou « Haïtian Blue ».

 

 

La menace des « voltigeurs »

Les coopératives règlent le café aux producteurs en deux paiements. Ils reçoivent d’abord une avance à la livraison de la marchandise, calculée en gourdes haïtiennes à la « marmite-cerise » (unité de mesure locale). La coopérative se charge du dépulpage puis de l’exportation. C’est seulement cinq à six mois plus tard, une fois encaissé le produit de la vente et les comptes bouclés, qu’elle redistribue le complément aux caféiculteurs : la « ristourne ». Les acheteurs indépendants dominicains, surnommés « voltigeurs », proposent un prix intermédiaire entre l’avance et le cumul avance et ristourne, mais payé cash. La tentation est grande…

Du fait de sa complexité, la situation haïtienne pose de nombreux problèmes. Bien avant le tremblement de terre qui ravagea l’ouest d’Haïti en 2010, bien avant la crise alimentaire qui affama la population en 2008, le premier état indépendant issu de l’esclavage était déjà l’un des plus pauvres du monde. On y observait une grosse discrimination raciale et la paysannerie était spécialement mise à mal par le système. Malgré la sévère concurrence des « voltigeurs », l’arrivée du commerce équitable avec son cortège de changements avait commencé à améliorer les choses. Hélas, le séisme a eu raison de bien des efforts : tout est à recommencer, ou presque. Mais le commerce équitable, s’il n’est pas acte de charité, est fondé sur la solidarité. Notre implication sur place nous a permis de réagir promptement en activant le nécessaire pour relancer au plus vite la filière café. Il faut cependant faire face à de multiples difficultés. À titre d’exemple, des organisations caritatives sont venues sur les sites pour acheter très cher le café. Cette rude concurrence nuit à la reprise du commerce équitable en affaiblissant les coopératives qui accompagnent les paysans sur le long terme.