Communiqués

 

SEISME - Mars 2010
Le 12/04/2010 · Port au Prince

Après une mission de 3 semaines à Port-au-Prince (du 3 au 23 mars), j'ai pu constater que la reconstruction sera longue et difficile. Toutes les institutions de l'état sont en ruines, il n'existe plus de palais présidentiel, de ministères , de palais de justice, de prisons, etc.

D'après toutes les informations que j'ai recueillies sur place, je n'imagine pas une "reconstruction" dans l'immédiat, mais plutôt un grand nettoyage des ruines et des esprits ; la phase de "construction" ne pourra se faire qu'après une longue période de décantation, en imaginant que les souhaits du gouvernement haïtien soient en adéquation avec les projets et les stratégies envisagés par la communauté internationale, qui sera seul maître d'oeuvre dans cette histoire.

LA SITUATION ACTUELLE DANS LE PAYS.

LA GESTION DES BLESSES :

Contrairement à ce que je m'attendais à voir et ce que j'entendais ici et là, la gestion des blessés a été efficace et exemplaire grâce au déploiement massif des ONG internationales dépêchées sur place (sans oublier le navire-hôpital de la marine américaine). La prise en charge des blessés a été sans précédent même si il a eut des dysfonctionnements dans la coordination des différents intervenants. On peut dire que la demande de soins a été "asséchée", du moins dans la phase d'urgence. Les ONG sont encore sur place, et assurent le suivi médical de ceux qui en ont encore besoin. Les consultations générales ont repris, et c'est l'occasion pour la population de se faire soigner gratuitement pour des pathologies courantes. Les amputés (environ 6.000) sont en attente de prothèses qui devraient arriver ces jours-ci. En attendant, ils vont régulièrement en rééducation. Jamais les haïtiens n'ont eu une telle offre de soins. Il n'est donc plus d'actualité pour France-Haïti-Partage de mettre en place un programme de suivi médical comme envisagé au mois de février.

LES CAMPS DE REFUGIES :

Là aussi, la solidarité internationale a été efficace et à joué pleinement son rôle. Ce sont les couches les plus pauvres de la population (issues des bidonvilles) qui en sont les principaux bénéficiaires. On peut voir de nombreuses pompes à eau, des latrines quotidiennement entretenues, des réservoirs d'eau pneumatiques. Un maximum de tentes et de bâches ont été distribuées, même si la population se plaint d'en manquer. Beaucoup se sont construit des baraques avec des matériaux de récupération(planches, tôles ?).

L'ECONOMIE :

C'est l'économie informelle (celle de la rue) qui a le plus vivement réagi. Dès les premières semaines qui ont suivi le tremblement de terre, les petites marchandes, les réparateurs en tous genres, les restos de trottoirs, etc. ont repris leurs activités. On trouve de nouveau de tout à Port-au-Prince, y compris une partie de l'aide matérielle internationale détournée et qui réapparaît dans le négoce parallèle. Le secteur commercial, qui marchait bien avant la catastrophe, se redresse tout doucement. Les banques, les markets, les stations services sont de nouveau ouverts. Ce sont les couches moyennes de la société qui, actuellement, souffrent le plus, celles que l'on ne voit pas et qui ne sont pas réfugiées dans les grands camps mais occupent une tente près dans leur maison détruite ou simplement fissurée, dans les différents quartiers de la capitale et ont été ignorées par les ONG distributrices de biens ou de services. Employés ou fonctionnaires , ils ont perdu leur outil de travail et sont sans revenus, aidés dans un premier temps par leur famille installée à l'étranger, ou se sont réfugiés en province ; beaucoup envisagent leur avenir de façon bien sombre. Les plus riches, quant à eux, du moins les femmes et les enfants, ont immigré vers les pays proches, particulièrement les États-unis et le Canada.

C'est une vision très rapide et aussi très synthétique pour expliquer les conditions de vie à Port-au-Prince 2 mois après le séisme, mais il m'a semblé nécessaire d'en faire un résumé pour comprendre les priorités et les choix qui sont les nôtres en matière de projets et de mise en oeuvre des programmes.

Avant de construire ou de ("re")construire, il m'a paru important de commencer par le commencement, c'est à dire de "déblayer" les montagnes de gravats , de tôles, d'armatures en fer, de maisons branlantes ou déchaussées qui représentent autant de dangers et de menaces pour la population. J'ai donc mis en place un programme de déblayage dans le quartier ou nous travaillions avant le 12 janvier. Particulièrement touché par le séisme, il est détruit à 70%. La population l'a déserté pour aller se réfugier au grand camp du Champ de Mars où elle peut trouver une assistance humanitaire. Cependant, des familles y sont restées, faute de place dans les camps.

"PROGRAMME DE DEBLAYAGE DES CORRIDORS DE SOU-FORT (FORT NATIONAL)".

Le projet se donne pour objectifs de dégager toutes les voies d'accès et de circulation (corridor veut dire couloir) de ce quartier, afin que la population puisse se le réapproprier. Beaucoup de personnes ont été ensevelies lors du tremblement de terre, et les familles n'ont toujours pas accès à leurs dépouilles. Situé sur une ravine, le bidonville a été oublié par les autorités.
Sa mise en oeuvre est simple : des équipes d'ouvriers encadrées par des chefs d'équipes, dotées en matériel et, surtout, rémunérées. Dans une première phase, le projet a été programmé sur deux mois. Avec nos partenaires haïtiens (anciens responsables du programme de réinsertion des adolescents des rues), nous avons constitué 3 équipes de 7 ouvriers et d'un chef d'équipe, avec un superviseur pour contrôler l'avancée des travaux et régler les litiges (parce qu'il y a toujours des litiges en Haïti quand on entreprends quelque chose, des conflits d'intérêts?..), un responsable du matériel et un responsable des repas.
J'ai choisi d'acheter le matériel de déblaiement sur place, au marché Salomon, où j'ai trouvé tout ce dont nous avions besoin : brouettes, pelles, pioches, scies à métaux, masses, gants et même des masques , appelés "cachené" en Haïti, pour la poussière et l'odeur des cadavres. Cette option d'acheter sur place présente plusieurs avantages : c'est à la fois rapide, moins onéreux que d'importer un container par fret maritime (qui a de forte chance de rester coincé aux douanes ou d'être en partie détourné) et surtout c'est un moyen de faire marcher l'économie locale. J'ai tenu à ce que les équipes reçoivent un repas chaud par jour, préparé par un petit resto de trottoir, appelé "chinjanbé" dans l'île.

Nous avons démarré le programme le 16 mars. Lors de la première semaine, nous avons déblayé pas mal de chemin, mais nous avons été bloqués par des parpaings de béton qu'il a fallu attaquer à la masse, faute d'engins mécaniques adaptés à la démolition. Les équipes travaillent 5 jours par semaine, constituées pour moitié d'anciens adolescents des rues (qui avaient été réinsérés dans ce quartier, qu'ils habitaient depuis maintenant 6 ans) et pour moitié de chefs de famille du quartier. Ils sont payés sont sur la base du SMIC haïtien, soit 100 $ US par mois. A la demande des chefs d'équipes, les ouvriers changent tous les 15 jours, pour éviter les "jalousies" et faire travailler un maximum de personnes en ces temps si difficiles pour trouver du travail.
Il a fallu aussi affronter la dure réalité en se demandant quoi faire des corps ou des morceaux de corps retrouvés sous les décombres. Lors de la première semaine, nous avons trouvé un bassin et une jambe, que les habitants ont identifié, mais qu'en l'absence de famille nous avons dû enterrer rapidement. On a convenu de mettre les corps dans des sacs avec le vêtement qui les entourait (ce qui permettrait de les identifier), et qu'en l'absence de réclamation par des proches, de les enterrer dans la zone. Seule une femme m'a signalé la présence de ses 2 fils ensevelis sous sa maison, et elle attendait qu'on déblaie le corridor plus avant pour pouvoir récupérer les corps.
L'ONU a mis en place un vaste programme d'emplois (nettoyage des rues, déblaiement, récurage des canaux?.) prénommé "cash for work" (payé pour travailler). Nous sommes donc dans le même état d'esprit, pour une fois !

Je vous remercie pour votre générosité et votre confiance ; nous vous tiendrons au courant de l'avancée du projet à Port-au-Prince, ainsi que de l'évolution de nos autres programmes en province, qui sont aussi concernés par les suites du séisme, bien que n'ayant pas subi de dégâts directs.

Anne-Marie FRAYGEFOND
Présidente

Communiqué du 16 février 2010
Le 25/02/2010 · Haïti

Compte tenu de la situation catastrophique que vit actuellement Haïti un mois après le séisme du 12 janvier, nous avons mis en place un programme avec des actions concrètes qui répondent aux demandes précises de nos partenaires haïtiens qui se débrouillent tant bien que mal dans ce chaos indescriptible. Ce programme a été élaboré avant tout en fonction des critères de faisabilité, indépendamment de réflexes opportunistes engendrés par la forte médiatisation de la catastrophe.

Il nous a fallu définir des priorités, et, hélas, nous sommes loin encore de la période dite de "reconstruction". La population s'organise actuellement en "comités de quartier". Chaque famille est touchée : deuils, blessés à prendre en charge, maison détruite, outil de travail réduit à néant ? donc, absence totale de revenus pour les mois à venir - , le tout dans des conditions de vie plus que précaires. Les premières pluies ont commencé, ce qui complique encore plus les choses.

D'après les témoignages recueillis, il ressort que la priorité reste la gestion des blessés (250.000 personnes). Selon notre médecin référent, beaucoup de blessés, opérés dans les premiers jours et qui sont retournés dans leurs quartiers, développent des surinfections par manque de suivi. Malgré une aide internationale massive, l'inadéquation entre la demande ? énorme ? et les réponses apportées rend beaucoup d'actions entreprises quasi dérisoires. Les besoins essentiels (nourriture, eau, etc.) sont, eux, en partie, satisfaits. Mais il manque des tentes, des matelas, du matériel de cuisine, des produits d'hygiène, etc.

Le programme de post-urgence prend en compte différents paramètres (ressources humaines disponibles, transports et déplacements adaptés à un environnement bouleversé, capacité de nos partenaires d'évoluer dans un milieu difficile et réactif, intégration des actions dans le dispositif d'aide internationale déjà déployé et en constant changement, rémunérations indispensables des équipes haïtiennes locales, ?). Nous avons pensé mobiliser des jeunes de la rue de nos programmes pour les intégrer dans un dispositif d'effort collectif, en capitalisant leurs ressources (force, connaissance du terrain, débrouillardise) et leurs capacités d'adaptation.

Je vais personnellement me rendre en Haïti le 3 mars pour faire une évaluation plus précise des besoins et mettre en ?uvre les premières actions de ce programme.

Loin des caméras, le peuple touché dans sa chair et dans ses biens va aborder une longue période de post-urgence. France-Haïti-Partage se doit d'apporter, par devoir de solidarité, ses compétences et son expérience des lieux et des populations en s'engageant à ses côtés.

Anne-Marie FRAYGEFOND
Présidente

Communiqué du 30 janvier 2010
Le 04/02/2010

Les communications avec Haïti restent toujours extrêmement difficiles, mais le réseau s'améliore.

Nous avons cependant appris hier soir que le quartier, dans lequel nous travaillons habituellement s'est effondré. Accroché au flanc de la colline, le bidonville (sous quartier de Fort National situé en plein centre-ville) n'a pas résisté au séisme. Nous y avions la plupart des chambres louées pour les jeunes de la rue (25). On parle de 5000 à 6000 morts dans ce quartier (quoique les chiffres ne veuillent rien dire car il n'y a jamais eu de recensement de la population en Haïti, tout juste une estimation). Il est difficile de savoir, dans ces conditions, qui était ou faisait quoi au moment du séisme. Mais il faut prendre cette information avec beaucoup de prudence.
D'après nos renseignements, la population reste dans le dénuement le plus complet. Les besoins essentiels (eau, nourriture, etc.) sont en partie satisfaits grâce à la logistique américaine et aux organisations internationales. Tout le monde dort dehors, et s'active la journée pour s'organiser (hygiène, assainissement, etc.), évacuer les blessés moins gravement atteints. Le traumatisme psychique est énorme malgré le pouvoir légendaire de réactivité du peuple haïtien. Une partie de la population rejoint la province. Nous n'avons aucune nouvelle précise des jeunes dont nous nous occupons (une centaine). On suppose que la majorité devait être sur la place du Champ de Mars, comme à leur habitude à cette heure-là. Certains étaient peut-être dans leur "kaye" (maison) à Fort National, d'autres se sont peut-être réfugiés en province ou ont rejoint le port avec l'espoir de quitter l'île définitivement (et partir pour Miami, leur rêve).
Sans téléphone, et encore moins d'Internet, ils ne peuvent pas nous joindre.
La responsable haïtienne de notre programme s'occupe de réunir les petits de la rue et, peut-être maintenant, des enfants orphelins, dans le centre Lakou (centre d'accueil d'enfants de la rue) qui a été en partie épargné.
Notre autre responsable (directeur de la sécurité de la mairie de Port-au-Prince) est complètement débordé. Nous correspondons par Internet. Lui-même a tout perdu (sa maison, son frère, et son jeune fils a eu une jambe écrasée).
Lors de notre mission en novembre, nous avions eu une réunion à la mairie de Port-au-Prince avec le maire, M. JASON (absent au moment du séisme), qui avait convoqué les O.N.G. pour faire le bilan de leurs actions (en gros, qui fait quoi et où ?) - nous n'étions qu'une poignée de représentants, dont 2 membres de la MINUSTAH (les Nations unies, qui ne sont pas une O.N.G.) - et tenter d'harmoniser et mettre en oeuvre un début de coordination entre les différents acteurs de terrain, tout le monde travaillant dans son coin sans aucune visibilité.
Maintenant, on parle de "reconstruction", il vaudrait mieux parler de "construction". Malheureusement les gens des bidonvilles ne vont pas attendre les "grandes réunions internationales" pour se reloger. Comme à leur habitude, ils ne devront compter que sur eux-mêmes, en faisant au plus vite une petite " kaye" avec des matériaux de récupération (bois, tôles, armatures et parpaings encore intacts, etc.).Dans deux mois, les pluies vont arriver, et après elles, la période des cyclones. Les institutions haïtiennes avec lesquelles nous avions l'habitude de travailler ne sont plus opérationnelles. C'est toute notre intervention sur place que nous devons repenser. Spécialisés dans le secteur social avec un travail de proximité dont l'essentiel se passait dans les rues et les bidonvilles, nos actions resteront ciblées sur ces populations mais adaptées aux besoins locaux dans les conditions de l'après séisme.
Nous peinons à réaliser que Port-au-Prince ne sera plus jamais la ville que nous connaissions depuis 15 ans.

Insertion sociale des adolescents de la rue
Le 03/04/2009 · Port-au-Prince

Communiqué n°3 du 26/02/2009

Depuis le mois de septembre, la municipalité de Port-au-Prince a mis en place un Programme à Impact Communal (PIC) qui vise à réhabiliter et à assainir les rues du Champ de Mars (quartier central qui regroupe le Palais Présidentiel, les ministères, hôtels, musées, etc.). Le chantier est énorme. Chaque nuit, des cohortes de balayeuses s activent à rassembler les fatras qui, faute de poubelles et conteneurs, se sont accumulés au cours de la journée sur les routes et trottoirs.
Dans le cadre du PIC, les autorités ont aussi placé des panneaux d interdiction de se garer un peu partout (y compris sur les parkings !) et n hésitent pas à enlever sans ménagement, de temps à autre, quelques véhicules garés sur les trottoirs. Des feux tricolores suspendus, qui fonctionnent à l énergie solaire (faute d électricité), régulent le trafic, intense dans le quartier.
Plusieurs routes et trottoirs ont été refaits et agrandis. Toutes ces mesures sont louables et traduisent de la part des services d urbanisme la volonté d améliorer les choses. Le seul ennui est que les responsables ont aussi interdit toute forme d activités dans cette zone. Dorénavant, les marchands ambulants, cireurs de chaussures, restaurants de trottoir, rechapeur de pneus, vendeurs de clairin ou de glaces, réparateurs de téléphones portables et laveurs de voitures n ont plus droit de cité. Ils sont considérés par les autorités comme une cause de pollution et d encombrement de la voie publique, et celles-ci ont voulu traiter le problème à la racine en appliquant à la lettre le vieux dicton « pas de chien, pas de puces ». Cependant, elles n ont proposé aucune alternative à cette population dont l activité dans la rue est la seule source de revenus et de survie. Ce sont les laveurs de voitures (dont font partie les jeunes de notre programme qui sont le plus visés, parce qu ils sont regroupés donc plus repérables. Quotidiennement, ils se font arrêter et sont placés en garde à vue 24 ou 48 heures pour troubles à l ordre public. Si, en France, les jeunes sont arrêtés parce qu ils volent, cassent ou brûlent les voitures, en Haïti, c est parce qu ils les lavent. Comme partout ailleurs, les automobilistes ont besoin de faire laver leurs véhicules ; or, il n y a aucune station de lavage automatique à Port-au-Prince. Chacun y trouvait donc son compte, les premiers un job et les seconds un service. De plus, ils n?encombraient pas la voirie puisqu ils travaillaient sur des zones de parking.
La plupart des laveurs ont leurs clients attitrés avec lesquels ils établissent des liens de confiance et peuvent ainsi élargir leur gamme de services (courses, achats de repas, chargements, etc.). Il n y a jamais eu de plaintes d automobilistes pour vols ou autres délits.
Le résultat de cette nouvelle réglementation drastique est qu ils en sont tous réduits à mendier devant les commerces et autres lieux publics. Cela représente une terrible régression dont ils ont honte, et ne supportent pas cette humiliation. Ils étaient fiers de leur travail (même s il était pénible et peu valorisant) qui leur permettait de gagner leur pain quotidien, voire plus, les bons jours. Certains se résignent et restent dans le quartier où nous leur louons les chambres, et essayent de gagner quelques piastres en rendant de petits services à droite à gauche. Les autres, plus récalcitrants, prennent le risque de laver malgré l interdiction. S ensuit alors une partie de cache-cache avec les forces de l ordre qu ils surveillent d un oeil tout en lavant et frottant, et courent se cacher avec leur seau et chiffons à la vue d un uniforme ou d une voiture de police comme des délinquants en train de commettre un forfait. C est un spectacle simplement affligeant.
Dans ce contexte, nous avons annulé leur participation au coût du loyer (qui était à hauteur de 25% la 3ème année du programme et de 50% la 4ème) et permis qu ils se regroupent à 3 ou 4 par chambre, notamment avec des anciens jeunes qui étaient devenus autonomes.
Nous louons actuellement 26 chambres que se répartissent 55 à 60 jeunes. Vingt d entre eux suivent une formation professionnelle, mais ils sont obligés, malgré tout, de laver des voitures le soir pour se nourrir et s équiper.
Compte tenu de l effondrement de l économie haïtienne depuis presque un an, ces mesures municipales (méritoires pour l assainissement) sont particulièrement malvenues pour une grande partie de la population qui vit dans et de la rue. Le moment est mal choisi pour éradiquer ce type d activités qui est leur seule survie en l absence d une aide quelconque de l Etat.
Cela perturbe aussi la cohérence de notre programme qui exclut toute forme d assistanat, en-dehors de l hébergement, et a pour objectif l autonomie financière des adolescents comme principe d insertion sociale communautaire. Nous commencions à en voir les résultats positifs puisqu une trentaine de jeunes assumaient en partie les frais de leur logement en plus de leurs dépenses quotidiennes. Bien intégrés dans les quartiers où ils se sentent à l aise et acceptés, il faut les voir, le soir venu, avec leur petit sac en plastique contenant leurs vêtements sales de la journée (leur tenue de travail) et quelque fois un sac de victuailles, heureux de rentrer « chez eux ».


Microcrédits : Cap Rouge

Le passage des cyclones du mois d août ont occasionné des destructions à Cap Rouge, principalement sur les cultures vivrières et les plantations de café. La piste de 8 km qui mène au village, déjà difficile en temps normal, a été rendue inutilisable suite à de nombreux éboulements de roches et à la submersion des passages à gué. Il nous a fallu attendre la fin du mois d octobre pour l emprunter avec un bon 4X4, mais surtout un bon chauffeur.
Nous passons seulement 2 jours sur place parce que nous sommes dépendantes du planning et du calendrier des responsables de l association des planteurs de café (dont le siège est à Port-au-Prince) qui organise les va et vient entre la capitale et le village. Ils disposent d une flotte de camions, 4X4 et pick-up pour le ramassage du café. C est le plus souvent la veille pour le lendemain que nous sommes prévenues de notre départ. Et ce n est qu en cours de route que nous pouvons prévenir de notre arrivée les 2 responsables du programme, ce qui leur laisse peu de temps pour s organiser (notamment pour réunir des paysannes pour les nouveaux groupes de microcrédits). Tout ça se fait quelquefois dans la précipitation. Nous entretenons de bonnes relations avec les dirigeants et le personne de la FACN (l association des producteurs de café), et leur sommes reconnaissantes de mettre à notre disposition leurs véhicules, sachant qu eux-mêmes sont toujours en flux tendu en matière de transport (nombreuses pannes, accidents, routes impraticables, manque de chauffeurs) parce qu en Haïti le moindre déplacement peut se transformer en aventure ou en cauchemar.
Pour ce qui concerne le programme dans la zone de Vergeon où nous logeons, nous avons récupéré tous les remboursements des premiers groupes. 2 groupes sont en encours, et nous avons créé 2 nouveaux groupes. Nous en sommes à 35 crédits pour cette communauté.
Pour l autre zone appelée Kanyet, située à environ 5 km de Vergeon, nous avons rencontré plus de difficultés. Le responsable n a pas pu recueillir tous les remboursements prévus, mais seulement la moitié. Nous lui avons donné un délai supplémentaire de 6 mois et créé, malgré tout, 2 nouveaux groupes. Il nous faudra savoir si cette communauté rencontre des difficultés particulières. Là aussi, nous en sommes à 35 crédits, ce qui fait un total de 70 crédits pour Cap Rouge.



Centre d'Accueil pour Filles de la Rue

En 2008, le Centre a reçu entre 65 et 70 filles. Environ 40 d entre elles sont présentes chaque jour dans les différents ateliers de formation. Il y a une trentaine de bébés à la crèche.
Les responsables du Centre, en partenariat avec l UNICEF, ont créé depuis un an un programme qui prend en charge les filles séropositives (il y en a entre 30 et 40). Dans le cadre de ce programme, ils ont construit un petit dispensaire dans le Centre, où les filles sont soignées, accueillies et suivies par une assistante sociale. Dans ce partenariat, l UNICEF a repris puis développé le programme d hébergement que nous avions mis en place il y a 7 ans avec le Père STRA. France Haïti Partage finançait la location de 5 à 7 chambres dans le bidonville qui fait face au Centre LAKPU. Actuellement, l UNICEF finance de 20 à 22 chambres, où les filles se regroupent par 2 ou 3.

Programme d'insertion sociale des jeunes de la rue.
Le 06/02/2008 · Cap Rouge et Port-au-Prince

Programme d'insertion sociale des jeunes de la rue.

Sept nouveaux jeunes (17-18 ans) ont intégré le programme d'hébergement et d'insertion sociale. Ce sont tous des laveurs de voitures (base du Rex). A peine sociabilisés et plutôt turbulents, ils ont déjà eu des problèmes avec les vigiles du market situé à côté de leur base de travail. D'une part, le directeur du magasin les accuse de faire fuir la clientèle par leur "désordre", de l'autre, les jeunes rétorquent que la rue appartient à tout le monde et qu'il ne peut pas les empêcher de travailler. Le ton est monté d'un cran, et l'un des vigiles (qui sont armés de fusils à pompe) leur a tiré dessus, heureusement sans blesser personne. L'ambiance est extrêmement tendue depuis cet incident. Nous avons demandé aux jeunes d'éviter toute provocation
D'une manière générale, les jeunes des rues qui lavent les voitures ont rarement des embrouilles avec leur voisinage ; ils sont trop vulnérables pour ça, et ils savent qu'ils seront les premiers embarqués par la police en cas d'histoires.

Le service de l'état civil est toujours en panne, faute de financements. Aucune carte d'identité n'a été fabriquée depuis les dernières élections il y a 2 ans.
Il n'y a pratiquement plus de bandes d'enfants des rues dans Port-au-Prince. Comme il s'y était engagé, l'état a ouvert deux grands centres depuis quelques mois. On ignore la façon avec laquelle les enfants ont été repérés et emmenés dans ces centres qui sont des structures fermées. Nous n'avons pas été autorisées à en visiter un. Personne n'a réellement d'informations sur les conditions de vie des enfants ni ne sait quels sont les services de l'état qui gèrent ces foyers.

Cinq jeunes du programme apprennent à conduire et devraient bientôt passer leur permis. La formation et les frais d'examen sont assurés par le centre d'accueil d'enfants des rues CARITAS, que nous connaissons bien. Ils se servent de vieux manuels de code de la route français pour la théorie ; sachant qu'il n'y a aucun panneau de circulation dans Port-au-Prince (tout juste quelques feux tricolores nouvellement installés), ceci reste pour eux parfaitement virtuel. Par contre, pour la pratique, quelques heures leur suffisent pour sembler être nés avec un volant entre les mains. Ce n'est pas pour rien que la majorité des chauffeurs de taxi de New York ou de Montréal sont des immigrés haïtiens !

Plus de la moitié des jeunes participent maintenant au financement du loyer de leur chambre.

Le Centre filles LAKOU :

Au mois d'octobre, une partie des filles qui fréquentent le Centre sont allées passer 4 jours au bord de la mer dans un camp situé à une trentaine de kilomètres de Port-au-Prince. En fait, il s'agit d'une petite maison entourée d'une grande cour arborée qui donne directement sur la plage, et qui est le don d'une grande famille haïtienne aux ?uvres des Frères Salésiens, ordre dont est issu le Père STRA, directeur de Lakou. Une petite école à proximité faisait office de dortoir pour les filles et leurs bébés.

Bien que Port-au-Prince soit une ville côtière, la plupart des filles ne vont jamais à la plage ou au bord de la mer ; il y a très peu de plages publiques dans la zone métropolitaine. Les quelques rares sont fréquentées par la classe moyenne. L'immense majorité des habitants des bidonvilles et des quartiers populaires délaisse les bords de mer qui sont considérés comme des lieux réservés aux activités de la pêche. Les nombreux naufrages de bateaux qui assurent les traversées entre les différentes villes et petites îles du pays (Le Neptune en 1991 ? 1.000 morts ? et La Fierté en 1997 ? 400 morts -, pour ne citer que les plus importants) ne font que renforcer cette méfiance vis-à-vis de la mer.
Le Centre organise d'autres camps à la montagne, en été et au moment des pèlerinages religieux. Les organisateurs, qui sont aussi éducateurs(trices) au Centre, font leur possible pour développer, durant ces quelques jours, une ambiance familiale fondée sur la douceur et l'amitié.
Nombre de filles sont malheureusement séropositives et meurent assez rapidement du SIDA. Le Centre assure le suivi médical des filles contaminées, où elles bénéficient du secret médical sur leur état de santé. Une assistante sociale leur distribue quotidiennement des traitements anti-rétroviraux. Les protocoles de suivi médical établis par l'OMS, très stricts, sont difficiles à mettre en ?uvre avec les jeunes de la rue qui, par définition, ne sont pas stables. Ils peuvent disparaître, pour différentes raisons, des semaines entières et interrompre ainsi leur traitement. Certains spécialistes se posent la question sur l'opportunité de démarrer des traitements qui nécessitent, pour leur efficacité, une grande régularité dans leur prise et qui engendrent beaucoup d'effets secondaires avec une population aussi instable et imprévisible que les enfants de la rue. Certains préconisent de traiter uniquement les maladies opportunistes, et les bébés nés de mères séropositives.
Un autre facteur d'échec des thérapies contre le SIDA est dû aux ruptures de stock des médicaments anti-rétroviraux.


Programme de microcrédits à CAP ROUGE :

Pour ce qui concerne le programme à Cap Rouge, le premier bilan est plutôt positif.
Les règles du microcrédit ont été très vite intégrées par les responsables de groupes et les bénéficiaires. Démarrée il y a six mois avec 3 groupes de cinq personnes, la mise en ?uvre du projet repose sur une responsable par groupe, désignée par les femmes elles-mêmes, qui est chargée d'encaisser les remboursements et du suivi des comptes. Ce sont les responsables des comités de petits producteurs de café qui, pour l'instant, établissent la liste des bénéficiaires et constituent les groupes de femmes. Ce mode d'organisation présente des inconvénients dans la mesure où il multiplie les intervenants et dilue les responsabilités. De ce fait, le programme se retrouve un peu compartimenté, avec une mauvaise visibilité de son ensemble, chaque groupe évoluant de façon autonome. L'avantage est qu'il ne repose pas sur une seule personne dont une éventuelle indisponibilité (déplacement, accident ou décès) pourrait en suspendre ou en interrompre le déroulement.
Au mois d'octobre, nous avons accordé 15 nouveaux prêts, ce qui représente un total de 30 crédits pour 2007. Tous les groupes préfèrent rembourser mensuellement plutôt que chaque semaine. Le remboursement hebdomadaire avait été institué par les concepteurs du microcrédit pour éviter aux bénéficiaires de se retrouver avec une somme trop importante à débourser chaque mois ou d'être tentés, voire contraints, de détourner les économies accumulées pour leur emprunt vers d'autres dépenses plus urgentes. Avec un budget familial en perpétuel flux tendu, la tentation est grande !
La plupart des femmes demandent un crédit pour faire du négoce ou installer un petit commerce.

Nouvelles des Programmes
Le 01/07/2007 · Port-au-Prince

I- Programme d'Insertion Sociale d'Adolescents des Rues.

BILAN de l'Année 2006 :
Début du projet : novembre 2004.
- Hébergement : 24 chambres
- Nombre de jeunes bénéficiaires : 62
- Etablissement de cartes d'identité : 19
- Formation professionnelle : 31
- Assistance juridique : 1 incarcération, 6 arrestations
- Décès : 2.

Nous avons atteint le maximum de nos capacités de gestion en matière de location de chambres. Celles-ci sont choisies par les jeunes eux-mêmes qui doivent tenir compte des critères définis par FHP pour leur choix, à savoir :
- Quartiers présélectionnés.
- Coût maximum autorisé pour les loyeres.
- Salubrité des lieux, notamment pour ce qui concerne la surface (minimum 10 à 12 m2), l'état de la toiture (absence de fuites), du sol (cimenté), de la porte (avec système de fermeture), à proximité de toilettes collectives.
Deux des chambres situées dans le quartier de Martissant n'ont pas été renouvelées en 2007 compte tenu de la guerre des gangs qui s'y déroule.
Lorsqu'ils sont admis dans le programme hébergement et, passée la première phase d'intégration, les jeunes sont priés de mettre en place un projet professionnel. Plusieurs possibilités s'offrent à eux : soit l'apprentissage d'un métier (soudure, électricité, plomberie, couture, ...), soit développer une activité rémunératrice, fiable et pérenne, dans le secteur formel ou informel (commerce, artisanat, services, ...). Les plus jeunes sont inscrits dans une école.
Les responsables de FHP interviennent dans les commissariats si des jeunes sont arrêtés sans motif (exemple : ceux qui lavent les voitures) et rencontrent les juges si nécessaire, en cas de délits ou d'incarcération. Elles établissent des partenariats avec les autorités concernées pour trouver des solutions dans les cas complexes.

Suivi du Programme :
Nous avons organisé au mois de mars une grande réunion avec tous les jeunes bénéficiaires pour faire le bilan du programme. Cela a été l'occasion de leur rappeler les règles de base et les objectifs de ce projet, particulièrement la nécessité qu'ils trouvent une source de revenus alternative au "car-wash" (lavage de voiture). Le centre LAKOU-LAKAY assure des formations professionnelles - qui durent trois ans - pour les garçons et les filles de la rue. Certains ont commencé une formation (soudure, électricité ou ébénisterie), mais ils sont encore en nombre insuffisant.
Le climat étant redevenu un peu plus serein dans la capitale (moins de violences), nous souhaitons qu'ils s'investissent un peu plus dans leur avenir et trouvent eux-mêmes les solutions à leur propre insertion sociale.
Pour la majorité, ils se sont bien intégrés dans le tissu communautaire. Ils se font apprécier par leur voisinage en rendant des petits services aux uns et aux autres.
Pour gagner l'estime de l'entourage, ils savent développer tout l'arsenal de la séduction qu'ils ont appris dans la rue pour survivre.
D'autres restent beaucoup plus réfractaires à l'insertion et limitent les échanges au minimum.
Ils ne se sentent pas encore à leur place dans les quartiers, restent méfiants vis à vis de la population et demeurent farouches défenseurs de leur liberté d'agir et d'aller et venir à leur guise. Leur situation est encore précaire mais ils restent libres de retourner à la rue s'ils ne se sentent pas capables d'effectuer l'effort de sociabilisation que l'on attend d'eux.
Il y a aussi quelques "fainéants" patentés (4 ou 5), souvent les plus sympathiques et les moins querelleurs, qui ne suivent pas de formation et cherchent encore moins une activité rémunératrice. Ils ne se précipitent pas pour laver les voitures. Ils connaissent tout le monde, aussi bien les directeurs d'hôtels, les patrons de markets et de restaurants, que des vigiles ou des policiers, etc... Ils se contentent de gains ponctuels et de petits jobs occasionnels. C'est leur choix, mais il en faudra un peu plus, dans un avenir proche, pour assurer leur loyer.
Il y a aussi la catégorie des "stressés" qui ont peur de tout : de retourner à la rue, des réactions de leur logeur, de se faire voler leurs affaires ou de perdre leur clef.
Les jeunes qui sont dans le programme depuis deux ans ont commencé à participer au coût de leur loyer (à hauteur du quart).

Nous avons rendu visite au jeune garçon incarcéré au pénitencier depuis 8 mois pour le vol d'une somme équivalente à 12 dollars US. Il était bien affaibli par les conditions de détention qui sont extrêmement rudes (cellules surpeuplées, malnutrition, accès restreint à l'eau, violence, nombreuses pathologies dues à la concentration humaine). Nous sommes intervenues auprès du juge qui l'avait condamné. Pour le retrouver, il nous a fallu faire un long cheminement à partir du procès verbal de la police, en passant par les greffes du pénitencier et du tribunal de grande instance. Nous avons été convoquées à son jugement, au terme duquel le juge l'a libéré sur le champ. En fait, il avait été, comme la majorité des détenus, oublié par les instances juridiques.


II- Soutien au Centre Filles LAKOU.

BILAN de l'Année 2006 :
Début du projet : novembre 2001.
- Nombre de filles accueillies : environ 50
- Formation professionnelle : 17 en cosmétologie et 15 en coupe-couture
- Formation scolaire : 5
- Insertion professionnelle : 12 ont trouvé un travail dans leur spécialité, 7 dans le commerce.
- Décès : 1.

- Visites régulières d'une éducatrice sur les lieux où se rassemblent les filles (squares, commerces, rues populaires, hôtels).
- Formation professionnelle chaque matin de 8h à 12h dans les Ateliers LAKOU : coupe couture, cuisine pâtisserie, cosmétologie, coiffure.
- Après-midi de 14h à 17h, formation E.P.I.C.E.S. :
E : Esprit (Religion)
P : Physique (sport)
I : Intellectuel (éducation scolaire)
C : Céativité (artisanat)
E : Emotivité (psychologie)
S : Sociale (éducation civique).
- Une crèche accueille les bébés pendant que les mères font leur formation. Une éducatrice éduque les jeunes mamans pour les soins à leur enfant (une vingtaine).

Démarrage d'un Programme de Microcrédits à Cap Rouge
Le 01/07/2007 · CAP ROUGE

Depuis 6 ans, notre association mène un programme de microcrédits auprès d'une association de femmes d'un gros bourg de l'Artibonite. Nous y avons acquis une certaine expérience dans ce domaine. En accord avec notre partenaire financier depuis 7 ans, la société Malongo, nous avons décidé de démarrer un nouveau programme de microcrédits à Cap Rouge, commune haut perchée et isolée de petits producteurs de café, située à une vingtaine de kilomètres de Jacmel, dans le sud-est de l'île.

Une première prise de contact a été effectuée au mois de mars pour évaluer les besoins. Les producteurs sont structurés en plusieurs comités regroupés en coopératives qui se chargent d'expédier le café à Port-au-Prince, puis à l'étranger. L'essentiel du café produit dans la région de Cap Rouge est acheté par la société Malongo qui le commercialise depuis 5 ans dans le cadre de son programme de commerce équitable.
Ce programme s'adresse en priorité aux femmes ayant charge de famille et à bas revenus. Pour commencer, nous nous sommes adressées aux responsables des structures existantes, à savoir les comités, pour constituer les premières listes de bénéficiaires.
Si la commune est plutôt pauvre du fait de son isolement (pas d'électricité), elle n'est pas misérable. La population y semble plus sereine et mieux organisée que dans beaucoup d'endroits (y compris la capitale) pour assurer son développement.

LE CONCEPT DU MICROCREDIT est simple :
Appuyer des initiatives locales et permettre à des personnes pauvres d'obtenir des petits prêts remboursables en quelques mois, sans papiers ni formalités.
Inventée au Bangladesh (Grameen Bank, ou banque rurale), il y a environ 25 ans, cette formule s'est considérablement développée dans les pays du Tiers-monde. Selon son inventeur, Muhammad Yunus (Prix Nobel d'économie 2006), "Lorsqu'un individu parvient à redresser sa situation, sa vie toute entière en est transformée, et il se produit alors un changement radical. Ce changement ne constitue pas une victoire sur autrui mais sur un état de misère individuel."
Les organismes qui le pratiquent sont des ONG, des coopératives, des banques villageoises, des associations de quartier, etc... Les femmes en sont les premières bénéficiaires (80 à 90%) parce qu'elles font partie des plus pauvres, et qu'il est prouvé qu'elles sont davantage portées à investir pour le bien-être de la famille et avoir un comportement plus responsable pour ce qui concerne les remboursements.
Le micro-crédit ne sert pas à couvrir les frais de la vie quotidienne mais à financer des activités économiques rentables. Il peut, et il doit s'adapter au contexte de vie des populations qui en bénéficient.

Programme hébergement ou insertion sociale des jeunes de la rue
Le 01/06/2006 · Port-au-Prince

Volet médical

L'essentiel des dépenses médicales est consacré aux examens radiologiques et sanguins. Les besoins médicaux des enfants et jeunes de la rue fluctuent d'une année à une autre ; ils ne sont pas forcément liés à un climat d'insécurité plus élevé, celui-ci pouvant, à certains moments, être permanent et relativement constant.

La majorité des jeunes sont victimes de blessures, mais aussi de pathologies lourdes (hors SIDA et IST, en partie, pris en charge par le centre GHESKIO) comme des tuberculoses, insuffisances rénales ou cardiaques, etc.

Noël avec les petits de la rue
Le 01/02/2006 · Port-au-Prince

Nous avons passé les fêtes de Noël avec un quinzaine de jeunes de la rue, pour lesquels nous avons organisé un réveillon dans la cour du Centre d'Education Populaire (CEP). La plupart des centres d'accueil étant fermés en raison du congé de leur personnel, cette période est, pour eux, un moment difficile à passer.

Ils ont été sélectionnés, si l'on peut dire, sur des critères d'âge (7 à 12 ans) et de calme pour que nous ne soyons pas débordées. Nous avons refusé l'aide d'éducateurs pour donner à cette veillée une connotation plus décontractée. Un percussionniste était venu en renfort pour l'animation. En perpétuels mouvements et demandes, ces enfants sont très difficiles à canaliser. Les spécialistes estiment leur temps d'attention à une demie heure au maximum ; alors imaginez une soirée ! C'était la première fois, pour eux qu'ils faisaient une veillée de Noël. Après un repas joyeux et bruyant et la distribution de cadeaux, ils se sont envolés comme une nuée de moineaux pour rejoindre la rue qui était très animée ce soir là.

Programme hébergement ou insertion sociale des jeunes de la rue
Le 01/01/2006 · Port-au-Prince

Volet citoyenneté

Nombre de cartes d'identités établies en 2005 : 14

Les représentants de FHP, avec l'aide de 2 éducateurs, ont pu faire établir des cartes d'identité pour 14 jeunes. Douze d'entre eux possédaient leur acte de naissance (pièce obligatoire) qu'ils avaient confié à un responsable du centre d'accueil ou à u membre de leur famille demeurant à Port-au-Prince. Elles ont du négocier la restitution de leur acte de naissance pour les deux autres auprès de directeurs d'écoles peu scrupuleux qui gardaient leur précieux actes en « otage » depuis des années en échange du paiement des frais de scolarité (quelques mois), exagérément élevées, non acquittés par les familles.

Le Centre Filles
Le 01/01/2006 · Port-au-Prince

Depuis la rentrée, au mois de septembre, les filles sont nombreuses à suivre les deux formations proposées par le Centre. Elles sont 34 en cosmétologie et 36 en couture. 20 bébés ont à a crèche.

Les années 2004 et 2005 ont été deux années difficiles pour le Centre qui a connu une chute drastique de la présence des jeunes filles (filles et garçons confondus) aux ateliers de formation. Le Père STRA nous en explique les raisons : « c'est la conséquence de l'Opération Bagdad » (soulèvement et révolte des partisans de l'ancien président Aristide, avec des meurtres et des actes de sabotage, en imitation de Bagbad en Irak !)
Les centres d'accueil des Jeunes des Rues se trouvent entre les « zonez rouges » (d'extrême danger, où il n'y a aucune circulation de véhicules, et où seulement les piétons « familiers » s'aventurent. Les Institutions des Nations-Unis (UNICEF, UNESCO, ...) ont l'ordre de ne pas entrer !).
Ceux et celles qui ont appris un métier, pratiquent le métier et vivent de ce métier : c'est très peu ! C'est même décevant !... Mais il y a des lueurs positives qui permettent l'espoir et l'optimisme. Evidemment, c'est aussi la société qui doit changer : Haïti a 80% de chômeurs.

Le Centre Filles
Le 11/10/2005 · Port-au-Prince

Depuis la rentrée, au mois de septembre, les filles sont nombreuses à suivre les deux formations proposées par le Centre. Elles sont 34 en cosmétologie et 36 en couture. 20 bébés ont à a crèche.

Les années 2004 et 2005 ont été deux années difficiles pour le Centre qui a connu une chute drastique de la présence des jeunes filles (filles et garçons confondus) aux ateliers de formation. Le Père STRA nous en explique les raisons : « c'est la conséquence de l'Opération Bagdad » (soulèvement et révolte des partisans de l'ancien président Aristide, avec des meurtres et des actes de sabotage, en imitation de Bagbad en Irak !)
Les centres d'accueil des Jeunes des Rues se trouvent entre les « zonez rouges » (d'extrême danger, où il n'y a aucune circulation de véhicules, et où seulement les piétons « familiers » s'aventurent. Les Institutions des Nations-Unis (UNICEF, UNESCO, ...) ont l'ordre de ne pas entrer !).
Ceux et celles qui ont appris un métier, pratiquent le métier et vivent de ce métier : c'est très peu ! C'est même décevant !... Mais il y a des lueurs positives qui permettent l'espoir et l'optimisme. Evidemment, c'est aussi la société qui doit changer : Haïti a 80% de chômeurs.

Le Centre Filles
Le 11/10/2005 · Port-au-Prince

Aux dernières nouvelles, le Centre Filles connaît un regain de fréquentation. Elles sont très nombreuses à venir suivre les cours de coupe-couture et de coiffure, au point que les responsables du Centre envisagent d'embaucher des aides pour seconder les professeurs.

Au mois de septembre, le Père Stra a organisé un camp de 4 jours pour tous les jeunes du Centre (filles et garçons), en bord de mer, dans un petit village situé à une cinquantaine de kilomètres de Port-au-Prince. C'est toujours un grand bonheur pour eux de pouvoir s'évader des bidonvilles, de la crasse et de la violence de la capitale.

FRANCE-HAITI-PARTAGE
Le 19/08/2005 · Port-au-Prince

Port-au-Prince vit toujours dans la plus grande insécurité. Les bandes criminelles vont jusqu'à mitrailler sous les fenêtres du Palais Présidentiel pour narguer les autorités.
Depuis quelques mois, ce sont les kidnappings qui se multiplient. Les enlèvements, au début cantonnés aux couches les plus fortunées de la nation, touchent maintenant le petit peuple. Marchandes de rue, écoliers ou employés sont devenus monnayables. Chacun a son prix, de quelques dizaines de dollars à quelques milliers. Les étrangers ne sont plus épargnés.

Au mois de mai, le programme s'est développé avec la location de 7 nouvelles chambres, toutes situés dans les quartiers de Fort National et Sous Fort, ce qui porte le total à 21.

Les jeunes n'ont pas eu de mal à trouver des pièces à louer. Une partie de la population a délaissé le secteur pour des quartiers plus calmes. Ceci explique peut-être la bonne disposition des propriétaires à l'égard des jeunes de la rue qu'ils n'auraient pas acceptés si la conjoncture avait été meilleure.
Le plus souvent, les pièces proposées à la location font partie intégrante du logement du propriétaire, ce qui lui donne, de ce fait, un droit de regard sur la vie du locataire. Dans ces conditions de très grande promiscuité, mieux vaut s'entendre. Une partie de nos jeunes ne sont pas particulièrement respectueux des codes sociaux et reproduisent plutôt ceux de la bande (chahut, allées et venues, surnombre, filles, joints, etc.), ce qui n'est pas du goût du voisinage. C'est précisément cet apprentissage des règles de la vie en société que nous espérons les voir acquérir, avec un peu de temps. Il est difficile d'expliquer à certains propriétaires qu'ils ne sont pas des tuteurs et ne peuvent donc pas exiger de leurs jeunes locataires une soumission totale à des règles trop strictes. Ils doivent aussi accepter les inconvénients liés à l'affermage, comme pour n'importe quel autre locataire, alors qu'ils en retirent, par ailleurs, les mêmes avantages financiers.

Comme nous avons chargé les adolescents de trouver eux-mêmes leurs chambres, ils se sont regroupés dans le même sous quartier, à quelques encablures les uns des autres. Ce qui, pour nous, est plutôt positif. Nous pensons que l'insertion n'en sera que plus facile. La bande est toujours là, solidaire et rassurante pour la vie quotidienne mais chacun est chez soi, avec son espace et ses affaires, au milieu d'adultes et de familles, dont ils ont le même niveau social et le même mode de vie.
En attendant de trouver une personne (homme ou femme) pour assurer la supervision du programme à Fort National, nous nous appuyons sur l'aîné de la bande, chargé de famille et bien inséré, pour jouer un rôle de modérateur et d'exemple, puisqu'il semble être apprécié par tous.
Ce mois-ci, la société Malongo a envoyé en Häïti un conteneur de matériels de première nécessité pour les petits producteurs de café de la région de Thiotte. En plus d'équipements pour nos différents programmes d'enfants des rues, nous y avons joint des instruments de haute technologie (optiques de bronchoscopie, spectrophotomètre,...) destinés à l'Hôpital Général de Port-au-Prince, offerts, sur notre demande, par le Centre Hospitalier Universitaire de Nice.
Un médecin niçois nous a donné du petit matériel chirurgical et des particuliers nous ont offert des machines à coudre manuelles (type Singer).

FRANCE-HAITI-PARTAGE remercie tous les donateurs et intervenants de cette belle opération.

LAKAY Centre filles
Le 26/02/2005 · Port-au-Prince

Après quatre mois de troubles divers (assassinats, vols et viols, incendies) qui ont paralysé Port-au-Prince, la situation s'est sensiblement améliorée depuis le début du mois de février, grâce à des interventions conjointes de la police haïtienne et de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies en Haïti). Bon nombre de membres de divers groupes armés, qui semaient la terreur parmi la population, ont été arrêtés. Cependant, quelques quartiers restent encore à sécuriser.

Malheureusement, d'après les dernières nouvelles que nous avons reçues du Père STRA, plusieurs jeunes du Centre (filles et garçons) ont été impliqués dans des exactions et ont participé activement à cette vague de déstabilisation du pays (appelée "opération Bagdad) organisée par différents groupes armés (partisans de l'ex président, anciens militaires, policiers renvoyés, trafiquant, etc.). Souvent manipulés et utilisés pour des basses besognes, les jeunes de la rue ne mesurent pas la gravité de leur engagement à servir différents chefs de gang qui leur promettent monts et merveilles, quand ils ne sont pas simplement menacés de mort par ceux-ci.

Néanmoins, le travail d'accueil et de formation continue au Centre avec "sérénité et persévérance" comme le souligne le Père STRA.

Pour l'année 2005, France-Haïti-Partage a prévu de mettre en oeuvre le programme de financement de micro projets présentés par des jeunes filles diplômées en coupe-couture ou coiffure, issues des ateliers de formation de Centre Filles, et désireuses de s'installer à leur propre compte. Dans un premier temps, neuf d'entre elles ont été sélectionnées. Nous leur fournirons un "kit" de matériel leur permettant de démarrer leur activité.

Dans les prochains mois, la Société Malongo va envoyer en Haiti un conteneur de matériel de première nécessité à l'intention des petits producteurs de café. France-Haïti-Partage s'est joint à cette initiative, et en profitera pour expédier des médicaments et du matériel pour nos différents programmes d'enfants des rues.

A cet effet, nous faisons appel à toute personne de bonne volonté qui pourrait nous offrir du matériel de couture (coupons de tissus, bobines de fil, machines à coudre en bon état, etc.) ou de coiffure (séchoirs à cheveux, babylis, lots de brosses et peignes, ciseaux, etc.).

Ce matériel peut être adressé directement à la Société Malongo.

Pour joindre France-Haïti-Partage
Téléphone : 04 93 08 60 93
Mail : assoc.fhp@wanadoo.fr

Programme d'hébergement des jeunes de la rue
Le 01/01/2005 · Port-au-Prince

En plus du programme hébergement pour les jeunes (nous louons actuellement 21 chambres), France-Haïti-Partage a prévu de développer un volet "citoyenneté" afin de permettre une meilleure insertion sociale des adolescents de la rue en leur procurant des papiers d'identité.

Les enfants n'ont aucun droit en Haïti, et encore moins de statut. Le pays est contrevant aux conventons internationales sur les Droits de l'Enfant.

Très peu d'enfants haïtiens sont déclarés à leur naissance, et la plupart de ceux qui vivent dans la rue ignorent jusqu'au lieu où ils sont nés et ont vécu leurs premières années. D'où la très grande difficulté à reconstruire une identité pour ces enfants et adolescents en quête de reconnaissance sociale, au point que n'importe quel document leur sert de support identitaire (ordonnnace médicale, lettre d'un parent, carte de vsite d'un membre d'un ONG avec leur nom griffoné dessus, ...) et dont ils ne se séparent jamais.
Les démarches pour obtenir les cartes d'identité sont longues et fastidieuses en Haïti (il faut plusieurs mois).

Les élections présidentielles et législatives, qui sont prévues pour novembre et décembre prochains, ont obligé le gouvernement intérimaire, avec l'aide de la communauté internationale, à ouvrur de nombreux bureaux dans tout le pays afin de permettre à la population haïtienne d'obtenir un carte d'identification dans des délais qui ont été considérablement réduits pour l'occasion.
La grande majorité des Haïtiens sont dépourvus de papiers d'identité.

Nous avons profité de cette opportunité pour faire établir des cartes d'identité pour 8 de nos jeunes qui possédaient un acte de naissance (document obligatoire pour établir l'identité). C'est un début, la plupart d'entre eux ne possédant ni acte de naissance ni certificat de baptême. Il faudra, pour ces derniers, entamer une recherche de filiation, ce qui prendra beaucoup de temps.

Programme d'hébergement pour les jeunes de la rue
Le 01/12/2004 · Port-au-Prince

Des bandes armées sèment la terreur depuis la fin du mois de septembre dans les quartiers populaires, le centre et le bas de Port-au-Prince. Ce vent de violence paralyse tous les secteurs d'activité. la population est de nouveau prise en otage et empêchée de vivre normalement. Une fois de plus, les enfants et jeunes de la rue en sont les premières victimes.

Ce programme, planifié depuis presque un an, a pris toute sa mesure dans ce climat délétère. Fort du constat que les centres d'accueil pour les enfant de la rue sont largement insuffisants dans la capitale et, qu'arrivés à un certain âge, les jeunes « ne peuvent ou ne veulent plus » être hébergés dans une institution, nous avons mis sur pied un programme de location de chambres à leur intention dans différents quartiers de la ville.

A l'instar du Centre- Filles pour qui nous louons plusieurs chambres ( en Haïti, nous n'employons pas le terme « louer » mais « affermer »), ce modèle alternatif de prise en charge des jeunes de la rue nous a paru être une réponse adaptée essentielle. Un toit, ou un « chez soi », est un premier pas vers la sécurité et l'autonomie.

La plupart des jeunes concernés sont des laveurs de voitures ou des débardeurs ; autant de petits jobs, très précaires, liés à la rue. Leurs gains ne sont pas suffisants pour pouvoir s'offrir un toit; de plus, les loueurs exigent au moins six mois de loyers d'avance. Ils en sont réduits à squatter des endroits désaffectés et isolés, donc particulièrement dangereux la nuit venue.

Ils ont participé activement à ce programme en cherchant eux-mêmes les chambres à louer. Ainsi, en très peu de temps (3 semaines), 14 chambres ont été louées. Nous avons personnellement rencontré chaque propriétaire avec qui nous avons passé un contrat de location d'un an.

Regroupés à 2 ou 3 par chambre, ils contribuent au coût du loyer à hauteur de 10%. Sur les 32 jeunes hébergés (âgés de 14 à 21 ans), 14 sont issus du Centre d'Éducation Populaire (CEP), et ont suivi la formation en ferblanterie.

Pour assurer le suivi régulier des jeunes qui bénéficient de ce programme, nous avons engagé un responsable (superviseur) issu d'un des quartiers, qui sert à la fois de référent et de tuteur. En cas de litige, il sera chargé de régler les différents (que ce soit entre les jeunes eux-mêmes, avec le voisinage ou les propriétaires). Pour s'assurer de la bonne marche du programme et du respect des règles de vie en colocation, il effectuera des visites régulières auprès des jeunes.

En concertation avec les institutions qui s'occupent des enfants des rues, France-Haïti-Partage est seul maître d'oeuvre et responsable de ce programme.

Monsieur BLANC, Directeur Général de la société MALONGO, en Haïti pour raisons professionnelles, a pu se libérer une demi-journée pour nous accompagner dans les démarches d'un affermage.

Des micro-projets d'ateliers couture et coiffure.
Le 01/08/2004 · Port-au-Prince

Nous avons proposé au Père STRA de renforcer notre partenariat avec le Centre Filles en finançant des micro-projets de jeunes diplômées des ateliers couture et coiffure.
Malgré une année difficile, sur le plan social et politique, qui a entraîné beaucoup d'interruptions dans les programmes de formation, ceux-ci restent encourageants.

Plusieurs filles, formées à l'atelier couture, ont trouvé un emploi dans une des nombreuses "manufacturies" des zones industrielles (ou zones franches) qui cernent la capitale. Sous- traitantes de grandes marques de vêtements américaines et européennes, ces usines de confection (uniquement pour l'assemblage) ne sont guère soucieuses des conditions de travail de leurs employés.

Du fait de salaires dérisoires qui leur permettent tout juste de survivre, d'horaires sans fin, et privées de tout droit, plusieurs filles nous ont exprimé leur désir de travailler à leur compte.

Elles possèdent un véritable savoir-faire en couture ( création, coupe, montage, ...) ; il ne leur manque que le matériel, principalement une machine à coudre pour démarrer leur propre activité.

La clientèle existe, puisque les haïtiens, toutes couches sociales confondues, sont soucieux de leur apparence et apportent beaucoup de soins à leur tenue vestimentaire. Les "pépés" (vêtements de seconde main ou issus des surplus américains), qui inondent les marchés de Port-au-Prince, ne sont pas toujours appréciés.
Pour les grandes cérémonies (mariages, enterrements, remises de diplômes, ...), les haïtiens leur préfèrent des vêtements de fabrication locale, plus classiques mais aussi plus chics.

Il y a aussi des perspectives de travail dans le domaine de la coiffure. Les haïtiennes sont de plus en plus attirées par la mode venue des USA ou des autres pays des Caraïbes qui nécessite des mains professionnelles (mèches, couleurs, rajouts, ...). Pour s'en persuader, il suffit de faire une visite à l'atelier de coiffure du Centre d'accueil qui, certains jours, bourdonne comme une ruche.

Les responsables du Centre sélectionneront les candidates, sur le plan professionnel mais aussi sur le plan de leur insertion sociale.

La tension est légèrement retombée à Port-au-Prince
Le 01/08/2004 · Port-au-Prince

Depuis quelques mois, la tension est légèrement retombée à Port-au-Prince, mais l'insécurité et les pénuries en tout genres demeurent. Les enfants de la rue ont été particulièrement mis à rude épreuve durant ces mois de troubles.

Proies faciles, ils ont été arrêtés, bastonnés ou embastillés. La police, les commerçants et les gangs politiques ou mafieux les ont manipulé ; certains les considéraient comme des voyous et d'autres comme de précieux informateurs. La violence, qui fait partie de leur quotidien, avait atteint un tel niveau à leur encontre que beaucoup ont préféré fuir la capitale. Ils étaient très lucides sur les événements qui secouaient leur pays, qu'ils appelaient "peyi malé" (pays de malheur).
Les responsables des centres d'accueil doivent toujours faire face à une situation chaotique et gérer les priorités.
Pourtant, nous préparons un nouveau projet avec le concours du CEP qui devrait démarrer au mois d'octobre 2004.
Quelques points restent à finaliser.

Nos encouragements n'ont pas été vains pour le jeune Rosemond qui a brillamment terminé son année scolaire. Nous continuerons à le suivre l'année prochaine.

Problèmes d'approvisionnement au Centre des Fille
Le 17/04/2004 · Port-au-Prince

Pendant les semaines les plus dures de la crise politique, le centre a été confronté à de gros problèmes d'approvisionnement, notamment alimentaires.

Le Père STRA a dû se débrouiller, seul, pour assurer les repas des nombreux enfants (filles et garçons) qu'il accueille et ce, quelquefois, au prix de sa propre sécurité.
Dans ce climat insurrectionnel, comme le gros de la population de Port-au-Prince, les responsables du centre n'ont pu compter que sur eux-mêmes.

L'avenir de Rosemond et du CEP
Le 01/04/2004 · Port-au-Prince

Nous sommes allées plusieurs fois chez le jeune Rosemond qui fréquente l'école du CEP, et a participé aux ateliers de ferblanterie.

Il fut l'invité à Paris, au mois de novembre, du prestigieux Salon d'Automne qui, chaque année, expose les oeuvres d'environ 900 artistes connus et moins connus. Ce fut un honneur, au travers de notre association, de pouvoir présenter les dessins, peintures et sculptures réalisés par les jeunes de l'atelier. Accompagné par le responsable du CEP, Jean-Robert CHERY, il fut l'ambassadeur des enfants de la rue et, à ce titre, a pu témoigner de leurs dures conditions de vie.

Il. vit depuis plusieurs mois chez sa mère (après avoir habité chez un oncle, et danas la rue) dans un bidonville situé au-dessus du CEP, en compagnie de ses jeunes frères et soeurs. Nous avons essayé de faire comprendre à sa mère l'importance de l'envoyer régulièrement à l'école du CEP. Elle vient de perdre son petit emploi de vendeuse au marché, faute de pouvoir payer la taxe. Nous lui avons alloué une petite somme d'argent, en signe d'encouragement (à titre exceptionnel) en attendant de pouvoir inscrire Rosemond dans une école artistique au mois d'octobre.

Situation générale après le départ d'ARISTIDE
Le 01/04/2004 · Port-au-Prince

C'est un pays dans un état de tension extrême que nous avions laissé fin janvier, et que notre présidente a retrouvé au mois de mars malgré le départ du président ARISTIDE et le déploiement de troupes étrangères.

La population traumatisée, désorganisée, en proie à la peur et à l'insécurité, se terrait chez elle. Elle commence tout juste à retrouver ses repères. Beaucoup d'institutions et de commerces ont été pillés et saccagés. Les administrations, les services publics et les écoles ont été fermés pendant plus d'un mois. Heureusement, les centre d'accueil ont été épargnés, ce qui a permis à de nombreux enfants des rues d'y être accueillis, y compris les plus âgés qui ne les fréquentaient plus, et ce, malgré les pénuries alimentaires et les difficultés d'approvisionnement auxquelles ont dû faire face les responsables des centres. Il faudra plusieurs mois avant que la situation ne redevienne à peu près normale, c'est-à-dire peu brillante, malgré la grande capacité du peuple haïtien à rebondir.

C.E.P... Le programme est provisoirement suspendu
Le 23/02/2004 · Port-au-Prince

En accord avec le directeur du Centre, nous avons pris la décision d'interrompre provisoirement le programme de formation en ferblanterie. Peut-être avons nous été trop optimistes et confiants, non pas sur la capacité des jeunes de la rue à apprendre un métier, mais sur les perspectives de développement économique du pays

Depuis trois ans et demi que nous avons démarré ce projet, 30 à 35 jeunes ont reçu une formation de ferblantier, pas suffisamment complète certes, faute d'équipements de formation adaptés et de compétences techniques du maître de stage qui est un artiste (peintre et sculpteur) et non un boss (artisan), mais nul ne peut contester les acquis de cet apprentissage pour ces jeunes.
La finalité de ce projet, comme nous l'avions déterminée au début, était de pouvoir donner à des adolescents de la rue une formation professionnelle afin qu'ils puissent acquérir une autonomie financière, et avec elle, un statut social. Or, les résultats parlent d'eux-mêmes, seulement un petit nombre ( 6 ou 7) ont trouvé un job, plus ou moins en rapport avec la ferblanterie. Ceci ne remet pas en cause le travail de sociabilisation et d'encadrement psycho-éducatif qui a été réalisé et qui reste valable puisque les jeunes fréquentent toujours le Centre, vont à l'école du soir pour certains, et ne tombent pas dans des conduites déviantes (vols, drogue, violences ou trafics).
Le marasme économique dans lequel le pays est plongé (c'est aujourd'hui un pays à genoux) est en grande partie responsable de cette absence de résultats. Il a des répercussions directes sur la population (60 à 70% de chômage) qui a YU, au fil de ces derniers mois, son taux d'activité se réduire et son pouvoir d'achat s'effondrer .
Il est toujours très difficile d'évaluer son propre projet, d'en mesurer l'impact sur les bénéficiaires et .d'en établir un bilan qui soit le plus objectif possible. Compte tenu du climat explosif qui règne en ce
moment dans le pays et après plusieurs réunions, nous avons décidé de suspendre le projet et de nous donner le temps de réfléchir à son avenir.
La formation professionnelle pour les enfants de la rue n'est pas une priorité dans le contexte actuel, on peut l'imaginer. Aucun secteur de l'économie ne fonctionne normalement. Il s'agit d'un état d'urgence, temporaire, espérons-le, et il nous a semblé plus important que le C.E.P. concentre toute son énergie pour ce qui est sa fonction première, c'est à dire l'accueil des jeunes et répondre avant tout à leurs besoins essentiels.
Bien entendu, nous gardons toujours des liens privilégiés avec l'équipe du Centre, qui est un peu notre famille, et restons à leur côté, surtout en ce moment.

Montée de violence
Le 23/02/2004 · Port-au-Prince

Depuis quelques semaines, il n'est pas une télé, une radio ou un magazine qui ne parle d'Haïti -en créole, on pourrait dire que c'est une "Iavalas" (avalanche). Les médias se font largement l'écho des tristes événements qui se succèdent dans le pays. Nous sommes bien placées pour savoir combien Haïti n'intéressait personne il y a encore peu, et combien nous avions le sentiment de prêcher dans le désert lorsque nous évoquions la longue agonie de ce peuple.

C'est avec un grand sentiment d'inquiétude, de colère et d'amertume que nous avons quitté Haïti début février. Pendant ces cinq semaines, nous n'avons croisé que bien peu de "blancs" sur place, hormis quelques équipes de journalistes venus couvrir les festivités du bicentenaire et la montée de la violence.
Nous n'avons pas arrêté de soigner, dans l'urgence, les enfants blessés des différents cartels du Champ de Mars (là où se trouve le palais présidentiel) et ce, quelquefois tard le soir. Le grand hôpital général était complètement fermé depuis plus d'un mois. La population pouvait mourir chez elle, en silence si possible. Nous étions donc les seules à pouvoir soigner Ti-Mouri, jeune adolescent des rues, qui s'est retrouvé lajoue ouverte par un tesson de bouteille, à refermer la plaie béante du bras du petit Johnny, résultat d'un coup de "Gilette", à débusquer un médecin coopérant cubain pour examiner les jambes de Bouro, paralysées depuis plusieurs jours. Bien seules pour distribuer médicaments et réconfort aux uns et aux autres.