Chapitre 4 - Au nom de la Tierra MadreDes normes drastiques en matière d’écologie

Si le commerce équitable impose de strictes règles environnementales, il faut rappeler que c’est d’abord un instinct ancestral, culturel et mystique qui pousse les paysans du Sud à prendre soin de la nature. Faire preuve de responsabilité à l’égard de la terre, de l’eau, de la forêt n’est pas se soumettre à une nouvelle lubie venue du Nord. C’est au contraire quelque chose d’ancien, d’identitaire et de profond. Un code élémentaire de conduite qui n’a jamais été perdu.

Œuvrer pour la protection de l’environnement dans les pays défavorisés passe souvent pour une fausse bonne intention de la part des nations occidentales. Après s’être enrichis pendant des décennies sans se soucier des conséquences sur la planète et ses ressources, les pays riches s’engagent désormais dans des voies durables. On reproche à l’Occident, pour son propre confort et ses projets d’avenir, d’exiger des pays pauvres qu’ils s’alignent sur cette démarche. Quitte à voir se limiter leur développement et ralentir leur entrée dans le monde économique globalisé. Le développement industriel de certains pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil peuvent en effet nous paraître inquiétants pour l’environnement. Mais il ne faut pas confondre cette problématique écologique avec celle du commerce équitable, qui est tout autre. Le commerce équitable ne concerne pas la grande industrie mais la petite agriculture.

La terre est l’héritage paysan

S’imaginer que nous imposons aux petits producteurs des normes contraignantes, penser que nous bridons leur avenir économique à coups de directives écologiques, c’est faire preuve d’une grande méconnaissance de leurs cultures, aussi variées soient-elles. En rencontrant les caféiculteurs de chaque continent, Malongo a pu découvrir à quel point les petits paysans du monde ont toujours répugné à utiliser des engrais chimiques d’importation. Ils n’aiment pas nourrir leur terre d’éléments d’origine douteuse. Une philosophie atavique que l’on retrouve partout ! La terre est nourricière, alors la Tierra Madre, la Pacha Mama, on la vénère ! Il faut prendre soin d’elle. Elle est un don de Dieu, ou de la nature, de la Providence. Elle est aussi le legs des ancêtres, le trésor tribal qui a engendré leur lignée, les a fait vivre et transpirer. Elle est l’expression première du ciment communautaire. Sur elle repose la survie des familles et l’espérance d’une longue descendance. Préserver ce patrimoine est un devoir à l’égard des générations futures. La terre est aussi guérisseuse. Aux quatre coins du monde paysan, on retrouve une pharmacopée de recettes traditionnelles, un chamanisme, une médecine locale élaborée au cours des siècles à partir du patrimoine végétal local. Le café y est bien souvent présent.

Les intrants, ces intrus

L’Occident a conçu et fabriqué des « intrants » : engrais, pesticides et autres produits phytosanitaires d’origine chimique, introduits en masse dans l’agriculture. Les concepts de biologique et de durable nous semblent récents, mais ce sont des notions aussi vieilles que l’agriculture ! Elles sont depuis toujours dans l’esprit paysan. Si les petits producteurs ont été contraints de recourir aux intrants, ils ont toujours préféré les additifs de leur cru : engrais à base de champignons broyés, composts de pulpe de café, de canne à sucre, fumiers d’animaux… C’est pourquoi l’arrivée de nouveaux engrais biologiques ou de nouvelles techniques naturelles est bien accueillie. Ces agriculteurs sont pauvres, mais pas bêtes : ils savent parfaitement faire la différence entre procédés écologiques et industrie chimique ! D’un naturel méfiant qu’on ne saurait leur reprocher, ils finissent toujours par s’ouvrir aux nouvelles techniques que nous leur proposons, dès lors qu’elles ne leur semblent pas nocives pour leur terre. Si nous formons les petits producteurs à ces méthodes, c’est en toute humilité, car c’est surtout notre propre modèle agricole qui doit s’inspirer du leur. Il est le miroir de ce que nous avons perdu.

Fairtrade – Max Havelaar : des critères écologiques stricts

Si le label Fairtrade – Max Havelaar n’est pas celui d’Agriculture Biologique, il possède cependant un cahier des charges rigoureux d’un point de vue environnemental, adapté à chaque culture. Il impose notamment des standards à propos de la gestion des eaux et des sols, des déchets, des dépenses en énergie et veille à réduire l’impact des cultures sur les reliefs. Il impose notamment des standards à propos de la gestion des eaux et des sols, des dépenses en énergie, et veille à réduire l’impact des cultures sur les reliefs. Il encourage la fumure organique et dresse une liste de produits interdits, où figurent les intrants : engrais et pesticides chimiques. Il proscrit les OGM. Les producteurs doivent témoigner de la mise en place de plans de gestion pour satisfaire à l’« exigence de progrès », autrement dit faire preuve d’une évolution progressive vers un produit biologique, avec la certification AB pour objectif ultime. Une prime supplémentaire est attribuée aux cafés ayant reçu le label Agriculture Biologique.

 

Veracruz : une coopérative pionnière

Un bel exemple d’agriculture responsable.

Au Mexique, près de Veracruz, une coopérative partenaire de Malongo est à la fois l’une des plus attachées à la Tierra Madre et celle qui a obtenu les meilleurs résultats en agriculture biologique.

Là-bas, des producteurs curieux et éclairés ont développé des méthodes grâce auxquelles on a pu récolter jusqu’à 10 tonnes d’arabica biologique à l’hectare. Un rendement énorme, tout proche du record de 12 tonnes obtenu dans certaines plantations classiques du Costa Rica ! L’introduction des « vers américains » a permis d’améliorer les rendements et la durée de transformation de la pulpe de café en compost. Grâce à la récupération et au traitement des eaux de fermentation, on a pu transformer des déchets autrefois polluants en engrais naturel puissant. On a également pratiqué le greffage de plants d’arabica sur les systèmes racinaires plus développés du robusta.

 

Ces méthodes sont à répandre et à généraliser, c’est la raison pour laquelle Malongo développe sur place un centre de formation. Plusieurs coopératives locales pourront être initiées à ces techniques, et les essaimer. Par la suite, les producteurs assureront eux-mêmes la formation de leurs homologues, même lointains. Il est par exemple prévu d’envoyer des producteurs mexicains pour intervenir auprès des Santoméens. (Les enseignements sont toujours mieux accueillis diffusés par des agriculteurs que par des ingénieurs agronomes.)