Fondation -
21·10·2020

L’histoire du café au Yémen

La Fondation Malongo mène un projet de création d’un fond documentaire numérique sur l’histoire du café au Yémen.

Une affaire méconnue, l’histoire du café au Yémen

Le Yémen détenait un quasi-monopole de la production du café de la fin du XVIe au début du XVIIIe siècle. C’est de là que, via la mer Rouge, on transportait les précieuses fèves vers les places marchandes autour de la Méditerranée. La consommation du breuvage noir se répandit peu à peu dans l’Empire ottoman avant de gagner l’Europe à partir du milieu du XVIIe siècle. Là aussi, pendant longtemps, on ne consommait que du café exclusivement yéménite. Il était acheminé soit directement depuis Moka par le Cap de Bonne Espérance vers les ports de l’Atlantique tels Amsterdam et Londres, soit à partir de la mer Rouge via Alexandrie vers Venise et Marseille.

Malgré la dénomination, les origines de coffea arabica ne se trouvaient pas en Arabie. L’espèce poussait à l’état sauvage dans les forêts du sud-ouest de l’actuelle Ethiopie. Elle fut introduite au Yémen aux alentours de 1540 à partir de la Corne de l’Afrique. Puis la culture du caféier se développa rapidement sur les champs en terrasses des montages de l’Arabie du sud. De là, au cours du XVIIe siècle, quelques plants de caféier furent introduits dans le sud de l’Inde, à Java ou encore sur l’île Bourbon, autant de relais ultérieurs vers les Caraïbes et le Brésil.


Aujourd’hui, le Yémen n’est plus qu’un producteur extrêmement marginal. Cependant son rôle historique dans l’aventure du café, tant pour la production des fèves que pour la diffusion de l’espèce coffea arabica à travers le monde, reste largement méconnu.


Des sources éclatées, à peu près inexplorées à ce jour

Si les recherches historiques font si souvent l’impasse sur le Yémen, la raison généralement invoquée est l’absence de sources. Pourtant, elles ne manquent pas, mais elles restent totalement hors de la portée des chercheurs. Des milliers de documents sont disséminés à travers les multiples villages et hameaux perchés au sommet de montagnes vertigineuses, enfouis dans d’innombrables archives familiales qui se transmettent de génération en génération.

L’histoire politique mouvementée du pays n’a pas favorisé le développement d’archives publiques. Province très périphérique et souvent rebelle de l’Empire ottoman au XVIe siècle, royaume dirigé par un imam fréquemment contesté par les tribus, le Yémen ne put guère se doter d’institutions étatiques solides. Aussi les documents anciens, c’est chez les particuliers qu’il faut les chercher.


Dans des sacs en toile de jute ou dans des coffres en bois, nombre de familles paysannes gardent leurs documents, soigneusement enroulés et ficelés, vieux parfois de plusieurs siècles : contrats de location ou de vente de plantations, règles coutumières sur la gestion de l’eau, reçus fiscaux…


De même certains descendants de négociants ont conservé des livres de comptes, des contrats de commandites ou des billets d’ordre. Des notables dont les ancêtres exerçaient la fonction de cadis ou de chef de tribu continuent de détenir les traces écrites du règlement de litiges les plus divers.

Assurément, ces archives privées permettraient d’écrire une histoire, économique et sociale des régions productrices de café, passionnante. On pourrait enfin tirer de l’obscurité non seulement les modalités de la production mais aussi les réseaux du commerce du café à l’intérieur du Yémen. Jusqu’à présent la tâche est restée impossible en raison de l’immense dispersion géographique des documents certes, mais aussi à cause des réticences des détenteurs à révéler le contenu de ces papiers à quiconque n’appartient pas au cercle intime de la famille. Pourtant il y a urgence à à sauver cette mémoire. D’année en année, la quantité de documents conservés ne cesse de diminuer. Les guerres qui ravagent actuellement le pays entrainent la destruction d’archives familiales entières, d’autres sont victimes de l’état précaire de leur conservation ou encore du désintérêt des générations actuelles.

Lancement d’un fond documentaire numérique sur l’histoire du café au Yémen

Il est hors de question d’acquérir les documents eux-mêmes. Ils sont la propriété de particuliers. C’est à eux et aux autorités nationales yéménites que revient leur gestion et leur conservation. Afin de les rendre néanmoins accessibles aux chercheurs, la Fondation Malongo a pris l’initiative de créer un fonds documentaire numérique sur l’histoire du café au Yémen, grâce à la collaboration de M. Sadek al-Safwâni, professeur d’histoire à l’Université de Taez.

Avec l’autorisation écrite des propriétaires pour leur reproduction et leur exploitation à des fins scientifiques, il réalise des clichés des documents. Ils sont ensuite conservés à la Fondation, accompagnés d’une fiche descriptive détaillée. Compte tenu de la situation extrêmement difficile sur place, l’enquête a débuté très modestement dans l’une des principales régions productrices de café au Yémen. Il s’agit du district de ‘Udayn, au nord-ouest de la ville de Taez, dans les montagnes de l’arrière-pays du port jadis célèbre de Moka d’où était exporté le café vers le monde entier.