Sao Tomé : l’aventure d’un nouveau café certifiéMalongo vient, voit et passe à l’action

Fin 2010, Malongo lançait dans ses boutiques le « Café du milieu du monde », cru issu du travail des caféiculteurs de la République de Sao Tomé-et-Principe, petit archipel du Golfe de Guinée figurant parmi les pays les plus pauvres et les plus endettés du monde. Ce café est toujours en attente de ses certifications biologique et équitable, mais son histoire illustre la nature et l’ampleur des défis que Malongo doit relever pour donner naissance à un nouveau café certifié.

Toujours à la recherche de nouveaux terroirs et de nouvelles saveurs, les prospecteurs de Malongo vivent un double choc lorsque, sur les conseils du spécialiste Alfred Conesa, ils partent à la découverte de la région de Monte Café, sur l’île de Sao Tomé. Les caféiculteurs qui les accueillent vivent dans des conditions très dures. Pour eux, les descendants des « contrados » d’origine capverdienne, la caféiculture n’a jamais été qu’une activité douloureuse. Leurs conditions de travail sont depuis toujours celles de la servitude. Encore logés dans les « comboios » (wagons), anciens baraquements des esclaves, ils n’ont fait pendant des générations qu’exécuter les ordres de leurs maîtres, et en conséquence, ne possèdent chacun qu’une idée partielle du processus de production du café. Du fait de la médiocrité des espèces qu’ils cultivent, et délaissés par le gouvernement central, leur existence déjà précaire est dangereusement menacée par la concurrence internationale.

 

 

Un esclavage jamais vraiment aboli

Au XVème siècle, lorsque les Portugais découvrent et prennent possession des îles Sao Tomé, ils y importent une considérable main d’œuvre esclave afin de cultiver la canne à sucre. L’île devient ainsi une plaque tournante de la traite négrière. Au début du XIXème siècle sont introduites les deux cultures qui vont faire la prospérité de l’île : le cacao (dont elle devient le premier producteur mondial) et le café. D’importantes plantations coloniales se développent : les roças. Le Portugal abolit l’esclavage en 1876 mais – si ce n’est l’attribution d’une maigre paye et d’un statut de contrados (travailleurs agricoles) – le rude quotidien des ouvriers perdure. Ils essuient les mêmes abus et subissent la même autorité tyrannique de la part des propriétaires terriens. C’est pourquoi l’île connaît, en 1953, une série d’émeutes réprimées dans la violence. Il faudra attendre 1975 pour que Sao Tomé-et-Principe accède à l’indépendance, et les années 90 pour assister aux premières réformes démocratiques. Mais là-haut dans les roças, la vie n’a jamais tellement changé.

 

Patrimoine caféier à réhabiliter d’urgence !

Dans la sublime nature environnante, riche de contrastes entre savanes et végétation tropicale luxuriante, l’équipe Malongo découvre des sols volcaniques bien arrosés : un terrain d’une extrême fertilité pour le café. Et là, complètement à l’abandon, des variétés très anciennes d’arabicas, type bourbon rouge, jaune et typica. Un patrimoine caféier d’une grande valeur, totalement inexploité. Exactement le genre de situation qui déchaîne ses passions et déclenche un besoin immédiat de passer à l’action ! Relancer la culture de ces espèces dans un mode biologique et équitable peut s’avérer la clé d’un renouveau économique, d’une nouvelle vie pour ces agriculteurs, d’un nouveau cru d’exception dans la gamme Malongo, et d’une palpitante (et épuisante !) nouvelle aventure caféière. Alors, il faut convaincre les producteurs, éteindre leur méfiance, les mobiliser, leur montrer qu’il s’agit d’un projet sérieux et différent. Et, avec un autre langage, entamer la même démarche auprès des autorités santoméennes. Jean-Pierre Blanc mobilise le FIDA (Fonds International de Développement Agricole, une agence de l’ONU) et l’AFD(Agence Française de Développement), rencontre plusieurs fois le gouvernement pour lui proposer une convention de partenariat. Son objet : aider à la mise en place et à la gestion de structures coopératives autonomes, créer une filière exportatrice, écologique et équitable, qui transformerait les ouvriers des roças en véritables paysans caféiculteurs autonomes, regroupés en coopérative. En contrepartie, et à condition que cette caféiculture s’engage vers la qualité et le respect des normes biologiques et Max Havelaar,Malongo s’engage à en acheter la totalité de la production.

Pour convaincre les ouvriers de l’honnêteté et de la viabilité du projet, pour les persuader de suivre des formations qui feront d’eux de vrais caféiculteurs, Malongo ne ménage pas ses efforts. Un producteur et président de coopérative salvadorien, Victor Mencia, qui a vécu de près l’expérience de l’entrée en commerce équitable avec Malongo, est dépêché sur place. Il expose, dialogue, commente des films, explique l’ensemble du processus de fabrication du café. Son intervention provoque un véritable déclic !

 

Le parcours du combattant équitable

La première récolte a lieu en mars 2010. Un ancien expert du CIRAD (centre français de recherche agronomique pour le développement) vient offrir son assistance pour parfaire l’enseignement de l’extraction du café. Un membre de l’équipe Malongo ramène personnellement du Mexique deux dépulpeurs (40 kg chacun !) pour en faire don aux Santoméens. La première fermentation se fera… dans des bassines ! Des claies sont construites. Le chargé de mission Malongo revient à Sao Tomé au mois d’août pour récupérer 85 kg de café vert, qu’il ramène à Nice dans ses bagages ! Au tour des torréfacteurs Malongo de passer à l’action ! Le service marketing crée de superbes emballages métalliques au design inspiré du « tchiloli », étrange art lyrique santoméen. Bientôt naît la première boîte du « Café du milieu du monde ». Il faut absolument la présenter aux producteurs… Leur prouver que tout ce remue-ménage n’était pas pour du vent. Malongo revient sur place et organise deux événements. L’un pour présenter les boîtes aux producteurs et leur faire goûter leur premier café d’exportation, l’autre auprès d’officiels tels que le ministre de l’agriculture : l’acceptation institutionnelle est tout aussi incontournable.

C’est ainsi que de nouveaux et authentiques caféiculteurs sont formés. Ils voient leurs conditions de vie s’améliorer chaque jour et connaissent la fierté de vendre un café dont ils commencent à maîtriser l’ensemble des étapes de production. Quant à Malongo, à la joie de voir un tel projet arriver à terme s’ajoute la satisfaction de proposer dans sa gamme un nouveau cru de caractère, rond et complet, au corps exceptionnel !