Un peu de sucre !La seule alternative au néolibéralisme

La révolution équitable / Face à la dictature des acheteurs du « grand marché », les petits caféiculteurs de l’isthme de Tehuantepec, au sud du Mexique, se sont regroupés en communauté. En proposant un café plus cher mais de meilleure qualité, assorti de garanties éthiques et environnementales, ils ont su éveiller l’intérêt de torréfacteurs occidentaux. Ainsi est né le commerce équitable.

C’est un peuple acculé, au seuil d’une révolution violente, que rencontre le prêtre-ouvrier Francisco Van der Hoff à son arrivée providentielle dans la « région de l’isthme », en 1980. Docteur en économie politique, le « père du commerce équitable » partage le difficile quotidien des producteurs, subit la dure loi qu’on leur impose et prend conscience que leur seul espoir est de s’unir pour constituer une vraie force. Grâce à ses compétences, à son charisme, à son investissement absolu et au concours de son ami l’économiste Nico Roozen, la révolution prend un autre tour, d’ordre économique. Finies ces conditions de vie proches de l’esclavage ! Il est crucial de se regrouper en coopérative, afin de véritablement peser sur le marché du café. Un poids plume pour faire plier un colosse ? Non, pas si l’on crée un marché parallèle, un nouveau marché qui intéresserait et mobiliserait des torréfacteurs occidentaux, persuadés qu’il existe un avenir pour un café plus cher mais de haute qualité, assorti d’un label éthique… Ce label portera le nom de Max Havelaar, héros anticolonialiste d’un roman d’aventure néerlandais. Le succès auprès du grand public est immédiat. Hélas, pour contrer cette poussée, fleurissent les tentatives d’intimidation et les drames comme l’assassinat d’Octavio. Le gouvernement central ne veut pas de contrepouvoirs politiques locaux. Mais c’est sans compter sur la ténacité, la fierté et la dignité paysannes. Plus les pressions sont fortes, plus la détermination se raffermit. Malgré les menaces, les fusillades et les meurtres, le commerce équitable s’impose.Désormais, chaque producteur vend sa récolte à la coopérative, qui lui verse d’abord un acompte, puis une prime après la revente (la « ristourne »). Aujourd’hui, l’UCIRI (Union des Communautés Indigènes de la Région de l’Isthme) possède sa propre banque et génère deux millions d’euros de chiffre d’affaires. Depuis 1992, Malongo est son premier partenaire français.

 

 

La seule alternative au néolibéralisme

Soutenu par les consommateurs eux-mêmes, le commerce équitable a pris son envol. Il est un nouveau marché, régulé, fondé sur un modèle économique novateur, administré au sommet par quatre grandes organisations internationales (FLO, WFTO, NEWS et EFTA) qui l’ont ainsi défini : « un partenariat commercial, basé sur le dialogue, la transparence et le respect, qui vise à plus d’équité dans le commerce international ». Son principe de base ? Le prix minimum garanti. Un prix de vente indépendant de toute fluctuation boursière dès lors que le cours plonge sous un certain seuil, calculé pour couvrir les coûts de production et assurer aux caféiculteurs une marge suffisante pour vivre dignement.

Sur cette base se dressent trois piliers :

un pilier économique, avec entre autres l’existence de formules de préfinancement des récoltes ou l’attribution de primes de développement destinées à financer des projets,

– un pilier social qui vise au regroupement des producteurs en communautés autonomes afin de bénéficier de solides et pérennes droits sociaux. En s’organisant, les petits producteurs renforcent leurs capacités de développement et d’autodétermination,

– enfin, le pilier environnemental. La certification équitable impose un strict cahier des charges en la matière.

Les droits acquis grâce au commerce équitable s’accompagnent de devoirs. Des standards quant à la transparence des coopératives doivent être respectés, de même que des normes de travail. Négociants et utilisateurs du label sous licence obéissent également à des règles. Chacun s’acquitte d’une cotisation d’adhésion annuelle et subit les contrôles d’un organisme habilité, comme FLO-Cert.

 

La voie royale vers une mondialisation alternative

Certes, le commerce équitable connaît quelques limites. La question de sa pertinence en période de cours élevé du café se pose. Mais il n’en est pas moins la preuve de la viabilité d’activités économiques rentables, intelligentes, durables, basées sur une juste répartition des richesses et un partage équitable des matières premières. Malongo n’y voit cependant pas un modèle susceptible de s’étendre à l’ensemble du commerce planétaire. Même si les objectifs sont encore riches et nombreux (diversification, simplification des circuits, adaptation pour une application aux échanges Nord Nord), même s’il demeure une avancée considérable par rapport au marché libre, nous percevons plutôt le commerce équitable comme une formule de transition, une voie royale vers une mondialisation alternative.

Une adaptation pour les pays du Nord ?

Sous nos latitudes, les agriculteurs rencontrent des problèmes similaires face au marché. Ils demandent des prix de vente stables, assez rémunérateurs pour les laisser gagner leur vie décemment. Adapté, le modèle économique du commerce équitable pourrait être une solution pour garantir la pérennité des exploitations agricoles du Nord, tout comme celles du Sud.

 

DROIT DE RÉPONSE

Malongo dénonce les labels abusifs, qui dénaturent le commerce équitable en l’ouvrant aux géants du café. Pourtant, on a vu de grands groupes rejoindre Max Havelaar…

Lors de la création de Max Havelaar, une des idées maîtresses a été que le commerce équitable devait être accessible à tous les consommateurs. Il lui fallait donc s’implanter dans la grande distribution. D’autant que pour développer le modèle, le volume de vente devait être le plus important possible. L’expansion du commerce équitable a contraint les labels à des subdivisions régionales. Ainsi, Max Havelaar s’est décliné en plusieurs branches nationales. Dès lors s’est posé le problème de leurs diverses visions de l’avenir. En Grande-Bretagne, on a récemment vu Fairtrade s’ouvrir à un géant de l’alimentaire. Une autre grande marque labellisée Max Havelaar a acheté 100 000 sacs de café équitable au Guatemala… et aucun l’année suivante ! La question de la cohérence des démarches et celle de l’identité des labels se posent donc, en effet. La position de Malongo est claire : nous nous engageons en faveur d’un modèle radical. Nous sommes pour davantage de restrictions, pour un renforcement des règles sélectives. Si des ouvertures de ce type surviennent en France, cela ne doit pas être dans n’importe quelles conditions. Elles doivent reposer sur une entente politique avec les producteurs. Chaque société doit, en entrant chez Fairtarde – Max Havelaar, prendre des engagements convaincants. Sa démarche doit clairement témoigner d’une volonté de devenir un acteur du commerce équitable, et en aucun cas révéler une stratégie pour gagner de nouvelles parts de marché.

Une démarche caritative ?

NON ! Bien au contraire, la charité est l’ennemie du commerce équitable. Le Padre Van Der Hoff déclare la haïr ! Le « charity business », tout comme les aides internationales, s’oppose plus qu’il n’aide à l’émergence d’un nouveau modèle économique. En relevant à peine le degré de précarité, il la maintient ! Le commerce équitable a pour objet de faire entrer les petits producteurs dans le commerce international. Est-ce un acte de charité que de payer un produit à son juste prix ? Pourquoi la source même de la chaîne de production de café en serait-elle le parent pauvre ? Pour une entreprise, adhérer au commerce équitable est une voie de développement commercial, une façon de générer des profits, dans la voie d’un produit plus cher mais garanti éthique et de haute qualité. Il ne s’agit pas davantage d’un acte de charité de la part des consommateurs, mais d’une adhésion à une certaine démarche, doublée d’une rébellion contre une offre de cafés médiocres aux origines inconnues.