"Fairwashing" des comédiens parmi les acteurs !

Devant le succès croissant des labels équitables, l’occasion était trop belle ! Des marques opportunistes n’ont pas hésité à se réclamer du développement durable, créant le plus anonymement possible des labels soi-disant éthiques. Elles proposent des produits annoncés comme équitables, affublés d’un packaging qui les fond dans les nouveaux rayons des grandes surfaces. Car telle est la loi du commerce moderne, se positionner partout.

Il convient de savoir que :

- ces labels certifient de nombreux cafés issus de grandes exploitations, alors que dans son essence même, le commerce équitable est fait pour permettre aux petits producteurs d’exister sur le marché international,

- les sociétés labellisées Max Havelaar achètent leur café au prix du cours uniquement lorsque celui-ci est au delà du prix minimum garanti. Les labels « fairwash » ne font qu’offrir une petite prime par rapport au cours, aussi bas soit-il. (Entre 2002 et 2005, ces marques n’ont eu aucun scrupule à acheter leur café à un prix inférieur au coût de production !) En outre, il suffit que leurs produits ne contiennent qu’un faible pourcentage de ce café prétendu « durable » (de l’ordre de 30 à 50 %) !

- dans les conseils d’administration de ces labels, il n’est pas rare de rencontrer de hauts cadres des grands groupes du café.

 

 

Droit de réponse

Quand on interroge les acteurs du commerce équitable sur la transparence de leurs pratiques (quelle part touche effectivement un producteur sur la vente d’un paquet de café ? qu’est ce qui prouve l’honnêteté et l’efficacité des contrôles ?), les réponses sont souvent floues.

En matière de contrôle, l’accréditation européenne ISO 65 accordée à FLO-Cert interdit désormais toute mise en cause de l’objectivité et de la qualité des méthodes pratiquées. Quant à la part perçue par un producteur sur un paquet de café, la réponse est forcément floue car elle ne peut se faire qu’au cas par cas. D’abord, une coopérative ne peut avoir la même rentabilité selon qu’elle produit un ou cinquante containers. Ensuite, le commerce équitable est un système dont les multiples modèles sont en perpétuelle amélioration. Les prix de revient baissent tandis que les activités complémentaires se développent et que production et productivité s’accroissent. Enfin, la plupart des « paquets de café » sont des mélanges de diverses origines. Il s’agit donc d’un problème d’une grande complexité, dans laquelle les contradicteurs eux-mêmes se perdent.

 

Les ravages de la spéculation

Le cours du café connaît actuellement une ascension fulgurante. Coté 1,33 $ la livre (453 g) à la bourse de New York en juin 2010, l’arabica franchit la barre des 2 $ en septembre dernier et, après avoir flirté avec les 3 $, se situe aujourd’hui autour des 2,70 $. Une hausse de plus de 100 % en moins d’un an, un record historique depuis 34 ans !

Aucune augmentation de la demande n’a été notée, et on a tout d’abord évoqué de mauvaises récoltes en Amérique du Sud et au Vietnam. Mais cette pénurie n’était que l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Le cours a continué à flamber, alors que les récoltes revenaient à la normale. Grand coupable de cette grimpée vertigineuse : le jeu de la spéculation. Fonds d’investissement et autres opérateurs financiers ont fait une razzia sur les stocks. Les petits boursicoteurs se sont également rués sur le café, qui s’est vu transfiguré en valeur refuge pendant la crise, en placement standard au même titre que l’or ou le pétrole.

Cette hausse n’est pas pour déplaire aux grands producteurs. Mais dans la petite agriculture, on voit revenir sur le terrain les acheteurs indépendants, ceux qu’on nomme « coyotes » au Mexique ou « voltigeurs » en Haïti. Dans cette conjoncture, ils peuvent offrir un prix proche de celui proposé par les coopératives certifiées équitables, et le payer cash. En outre, ils se satisfont d’un produit qui ne répond pas aux multiples standards du commerce équitable, donc de moindre coût de production. De nombreux producteurs préfèrent donc à nouveau travailler avec eux. Effet immédiat : l’affaiblissement considérable des coopératives.Pendant ce temps-là, en Occident, les torréfacteurs se tournent vers des arabicas de qualité inférieure et renforcent leurs achats de robusta (moins cher, mais qui connaît toutefois une ascension parallèle). Aux États-Unis, la hausse a déjà été répercutée sur les prix de vente au public : presque 10 % d’augmentation.