Histoires & Légendes

Pour partie, l’Histoire du café est liée à l’esclavage. C’est un récit où botanique, politique, économie, morale sont puissamment liées. Vérités et légendes, tragédies et comédies, l’histoire du café est une véritable épopée.

Vienne : le café et le croissant

En 1683, Vienne est assiégée pour la deuxième fois par l’armée turque. La ville va capituler. Mais un jeune Polonais, Franz Goerg Kolschitzky, qui a vécu dix ans à Istanbul et parle turc, propose de traverser les lignes ennemies. Il informera l’armée chrétienne campée à proximité, sur les failles des lignes turques. Ainsi l’Archiduc de Lorraine met les Turcs en déroute.

Dans leur fuite, ils abandonnent armes et provisions, dont cinq cents sacs de café. Franz Goerg Kolschitzky est un héros, fêté et décoré, on lui offre la nationalité autrichienne, les cinq cents sacs de café et l’autorisation d’ouvrir un débit de café : le Zur Blauen Flasche (À la Bouteille Bleue). Il y prépare le café comme à Istanbul mais les Viennois n’apprécient pas la décoction. Il pense alors à filtrer son café, y ajouter une cuillère de crème, et une cuillerée de miel. Le succès est immédiat !

Franz décide de mettre les journaux à disposition de sa clientèle, et le lieu devient très vite convivial. Il demande également au pâtissier de créer un cake : en mémoire de la victoire sur l’armée Turque et sur leur drapeau au croissant de lune, ainsi la pâtisserie aura cette forme. Le Kippfel, la viennoiserie nommée croissant est née !

À l’origine, Khaldi, le berger éthiopien

Son berceau serait l’Ethiopie. Selon la légende, c’est Khaldi, un jeune berger, qui le découvre. Khaldi était intrigué par le comportement de ses chèvres : quand elles broutaient les baies rouges d’un certain arbuste, elles sautaient et gambadaient de façon bien étrange… Il s’en ouvre au prieur du couvent voisin. Le prieur décide de faire bouillir ces baies en décoction. Ce breuvage tiendra les moines en éveil pour leurs longues heures de prières. Ce qui fut fait !

Quant à la torréfaction…. Nous la devons à deux moines, Sciadli et Aydrus. Par un après-midi pluvieux, ils rentrent avec leur récolte de café… complètement trempée ! Ils mettent les grains à sécher dans la cheminée et vont prier. À leur retour, les grains sont non seulement secs, mais rôtis ! Une odeur délicieuse flotte. Désormais, ils feront griller les grains avant d’en faire la décoction. C’était en Orient, au Yémen plus précisément.

Le café à la conquête du monde

Le café conquiert le monde au XV° siècle. En route pour La Mecque, les pèlerins musulmans répandent le café au Yémen et dans toute l’Arabie. La seule à produire du café jusqu’au XVII° siècle. Vers 1690, des marins hollandais introduisent à Ceylan puis en Inde, les premiers plants de caféier originaires de Moka. Idem pour l’ensemble des colonies hollandaises d’Asie. Ils rapporteront alors des plants de l’île de Java vers l’Europe.

Le caféier est cultivé en serres, au jardin botanique d’Amsterdam. On offre des plants à Louis XIV qui les confie aux botanistes du Jardin du Roi, l’actuel Jardin des Plantes. Le capitaine Gabriel de Clieu, introduit le caféier dans les colonies antillaises. La France s’y approvisionne désormais en café. La culture du café se diffuse ensuite en Amérique latine où, jusqu’à la fin du XIX° siècle, elle sera réalisée par des esclaves.

Les premiers amateurs de café

Au milieu du XVI° siècle, on a déjà coutume de boire du café en Égypte, en Syrie, en Perse, en Turquie. On trouve des débits de café à Médine, au Caire, à Bagdad, Alexandrie, Damas et Istanbul. En 1555, deux Syriens, Shems et Hekeem, ouvrent le premier débit de café d’Istanbul. En quelques années, la ville en compte plusieurs centaines. À la même époque, les guerriers turcs de Soliman le Magnifique font connaître leur boisson dans les Balkans, en Europe Centrale, en Afrique du nord, en Espagne.

Le café arrive en Europe

En 1615, le café arrive pour la première fois en Europe, à Venise. Il n’était jusque-là qu’une curiosité, rapportée d’Orient par les voyageurs, ou un médicament, en boutiques d’apothicaires. En 1644, le café venue par bateau d’Alexandrie, arrive à Marseille, dix ans plus tard, on y ouvre le premier café public. En 1669, l’ambassadeur de l’empire ottoman à Paris, Soliman Aga, apporte la fameuse boisson, elle conquiert la cour de Louis XIV.

Le café & la Lloyd’s

En 1685, à Londres, Edward Lloyd ouvre un débit de café. Son fils transfère l’établissement au 16, Lombard Street, près du Stock Exchange. Très vite, armateurs, marins, boursiers, avocats, assureurs en deviennent des habitués. Certains prennent même l’adresse du café comme domiciliation.

C’est en 1696, qu’il lance le Lloyd’s journal, qui diffuse les informations pour la marine, le commerce maritime. Son café se transforme alors en salle des ventes pour cargaisons ou navires. On y partage les butins de guerre. Dans la salle principale, une station météo regroupe baromètres, anémomètres, pluviomètres, une bibliothèque accueille une collection de cartes du monde entier. Face à l’entrée, le grand livre des Lloyds : en page gauche, la liste noire des naufrages, des catastrophes, à droite, la liste des navires arrivés à bon port.

En 1678, un accord transformera le café en bureau de poste. L’univers de la marine et du commerce mondial peut y recevoir et y envoyer du courrier. Edward Lloyd s’implique dans des affaires négociées sous son toit. Le café a maintenant disparu, mais la Lloyd’s est la plus grande compagnie d’assurance et de réassurance du monde.

La Boston Tea Party

Pour renflouer les finances de l’Angleterre, le roi George III impose le Stamp Act. Cette taxe est lourde, pèse sur les produits importés par les colonies américaines. Aussi les colons se rebellent et décident le boycott des marchandises anglaises. Le 16 décembre 1773, les habitants de Boston décident de jeter tout le thé stocké dans les entrepôts sous douane, dans les eaux du port. C’est la Boston Tea Party, le début de la guerre d’indépendance…. Et le remplacement du thé par le café, dans la vie américaine.

La surprise colombienne

Au XIX° siècle, les dirigeants Colombiens tentent d’encourager la culture du café. Mais un caféier met cinq ans à donner sa première récolte et les paysans n’ont pas les moyens de survivre en l’attendant. Francisco Romero, prêtre du village de Salazar, a une idée : après la confession, il n’inflige pas des prières à ses ouailles, mais impose, en pénitence…. de planter trois ou quatre caféiers ! L’archevêque en généralise la pratique. C’est aux pêchés de ses aïeux, que la Colombie doit l’abondance de ses récoltes...

Le café du siècle

Le café est une denrée économique majeure : 15 milliards de dollars échangés par an. La première denrée agricole, devant le blé, le sucre, le cacao. La deuxième matière première commercialisée dans le monde, après le pétrole.

Chaque jour, on boit dans le monde, 1,5 milliard de tasses de café. Deux habitants sur trois consomment du café, dont une grande majorité en Europe, en particulier celle du Nord. Plus le climat est froid et rude, plus on boit de café. À l’inverse, plus on approche l’équateur, moins on en consomme. À l’exception du Brésil, dont 50 % de la production va au marché intérieur, les pays producteurs de café destinent la quasi-totalité de leur production à l’exportation.